Supreme infamy…

Les États-Unis d’Amérique, 50 États, une surface de plus de 9 millions de m2, près de 328 239 523 d’habitants de tous sexes, de tous âges, de toutes religions et de toutes origines…

Autrefois, ce pays était considéré comme une véritable terre promise : des premiers colons anglais du XVIe siècle à la conquête de l’Ouest qui fit affluer nombre d’Européens au XIXe (surtout des Irlandais et des Allemands), nombreux sont celles et ceux qui ont quitté une Europe vieille et intolérante dans l’espoir d’une vie meilleure sur ce nouveau continent. Et combien de personnes ont fui la montée du nazisme dans les années 30 en allant s’installer aux États-Unis (Einstein, Marlène Dietrich, et tant d’autres personnes célèbres ou anonymes) ?

Il faut dire que ce pays était alors synonyme de liberté et de modernité, et qu’il faisait donc rêver beaucoup de gens.

Malheureusement aujourd’hui, je ne suis pas sûre qu’il fasse autant fantasmer, au vu de son intolérance grandissante et des régressions infligées à sa population…

Car en effet, le destin de cet immense pays, à l’influence indéniable sur le monde entier, est entre les mains de 9 personnes (1 président et 8 juges assesseurs), dont 6 conservateurs, et dont 5 hommes, et dont 6 Blancs, constituant la Cour suprême…

Ces membres sont nommés par les présidents respectifs des USA, pour un mandat… à vie. De base, c’est hyper démocratique comme système…

Dois-je préciser que sur les 4 femmes, 3 ont été nommées par des présidents démocrates (Obama et Biden) ? Les membres conservateurs ont eux été nommés par Bush, son fils W. et ce cher Trump…

La seule femme nommée par Le Donald, une certaine Amy Coney Barrett, est de toute façon une conservatrice féroce, fervente catholique, anti-tout ce qui pourrait faire progresser la société de manière favorable.

Des 3 puissances — exécutive, législative et judiciaire — à l’échelle des États-Unis en tant qu’État fédéral, la Cour suprême possède la 3e. Autrement dit, ses membres sont juges au-dessus des juges qui règnent dans chaque État américain. La Cour suprême, comme son nom l’indique, détient donc le pouvoir suprême en matière de justice.

Il faut dire que ces derniers temps, les juges de cette Cour s’en donnent à cœur joie niveau décisions rétrogrades, et toutes sont motivées par un point commun : la religion. Car la majorité d’entre eux (les conservateurs comme par hasard…) sont des catholiques qui se voient dicter leurs jugements par les évangélistes américains, dont l’influence sur les politiques de droite les apparente à un véritable lobby.

C’est ainsi que le 24 juin (2022, soit en plein XXIe siècle, rendez-vous compte), cette Cour a annulé le fameux arrêt Roe vs Wade, qui depuis 1973 garantissait le droit des Américaines à avorter. Par conséquent, le droit à l’avortement ne leur est plus du tout garanti à l’échelle fédérale, car c’est aux États eux-mêmes de décider s’ils interdisent ou autorisent l’IVG. On peut craindre alors le pire, surtout pour les femmes vivant dans les États du sud, qui sont historiquement très conservateurs.

Mais s’il n’y avait qu’eux… Quelques heures après le « coup magistral » de la Cour suprême, l’Ohio (pourtant au nord) a rapidement décidé de durcir les lois régissant l’avortement, l’interdisant ainsi après 6 semaines de grossesse, ce sous la houlette de Jean Schmidt, une législatrice (j’ai bien dit « une », ce n’est pas une faute de frappe) républicaine qui considère que pour une femme violée, « quel que soit son âge », c’est une « opportunité » de porter l’enfant de son agresseur (inutile de préciser que cette charmante dame souhaite interdire totalement l’avortement dans son État)…

Et c’est ainsi qu’une fillette de 10 ans, victime de viol depuis 6 semaines et quelques jours, a dû aller se faire avorter dans un État voisin, l’Indiana. Il faut croire qu’à cet âge, elle n’a pas su saisir l’opportunité d’être enceinte et de devoir élever l’enfant du salopard qui a osé s’en prendre à elle et gâcher sa vie…

Donc la Cour suprême, pro-life quand ça l’arrange, mais si on suit sa logique, une vie est précieuse dans le ventre de la mère mais une fois l’enfant né, qu’il soit à l’école ou qu’il se balade sur la voie publique, il se démerde…

Ainsi, le 23 juin, alors que les USA pleuraient encore les 19 enfants et les 2 enseignants tués lors d’une fusillade dans une école primaire un mois auparavant, ces chers juges ont décidé d’assouplir les conditions du port d’armes, en balayant d’un revers de la main une loi de l’État de New York qui interdisait de porter une arme de poing en public. Cette décision, soutenue par le lobby de la NRA, risque de faire jurisprudence dans d’autres États, alors que les « accidents » et les fusillades se multiplient… Vous comprenez, faut pas empêcher aux Américains de faire joujou en se prenant pour Rambo !

Dans la liste des décisions conservatrices et rétrogrades, en voilà une qui prouve que la majorité des juges de la Cour suprême donnent de l’importance à la religion : le 30 juin, ceux-ci on fait annuler le licenciement de l’entraîneur de l’équipe de foot d’un lycée public, qui s’était fait virer car il priait, sur le terrain, parfois accompagné de ses joueurs, avant chaque match, et bien sûr devant tout le monde.

Rappelons qu’il s’agit bien là d’un lycée public, et non d’une des nombreuses institutions privées catholiques et hors de prix que l’on voit souvent dans les séries américaines.

Après avoir laissé un groupe chrétien afficher son drapeau sur le fronton de la mairie de Boston, et obligé l’État du Maine à inclure les écoles confessionnelles dans son dispositif d’aides publiques… ça commence à se voir que leurs agissements sont dictés par la Bible et non pas par l’intérêt commun, vous croyez pas ?

Bref, une institution au-dessus de tout qui déroule le tapis rouge à sa sacro-sainte religion, c’est pas très rassurant pour la suite…

Reste encore un domaine que je n’ai pas évoqué ici, mais dans lequel cette Cour n’a pas manqué de s’illustrer : l’environnement, cause totalement piétinée par les pieds sales de leur grand manitou Trump. Le 30 juin (décidément, l’été est propice aux décisions de merde), elle a décidé que l’Agence pour la protection de l’environnement (appelée EPA chez eux) ne pouvait pas imposer de règles à l’échelle fédérale pour réguler les émissions des centrales à charbon. Ce qui signifie clairement que le pouvoir décisionnaire de cette agence nationale pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre a été fortement diminué, laissant carte blanche aux centrales à charbon et aux groupes industriels pour contribuer au réchauffement climatique comme ils l’entendent. Remercions au passage les juges adeptes du gourou Trump, Climatosceptique avec un grand C…

****

Beaucoup ont comparé les USA de 2022 à Gilead, la « république » conservatrice et religieuse dans laquelle sont forcés de vivre les personnages de la génialissime série The Handmaid’s Tale (elle-même issue des romans éponymes de Margaret Atwood). Je ne peux que leur donner raison, car dans cette série, petit à petit, les extrémistes sont arrivés au pouvoir, et sous prétexte de religion, ils ont retiré progressivement tous leurs droits aux femmes…

Les USA sont en train d’entrer à Gilead, lentement mais sûrement, et ce qui n’était alors qu’une dystopie risque malheureusement de devenir réalité, car Clarence Thomas, l’un de ces chers juges assesseurs (et le plus conservateur, ça va de soi) aurait parlé de remettre en question des arrêts concernant l’accès à la contraception, la légalité des relations homosexuelles et le mariage gay… Autant vous dire que les Américaines et les Américains n’ont pas le cul sorti des ronces ! J’espère que le Canada s’est préparé à les accueillir (et je précise que malgré l’allusion à ce qui se passe dans la série susnommée, je dis ça sans second degré, parce qu’à force c’est ce qui pourrait finir par arriver)…


Source de la top image : @SLeBars sur Twitter

5 commentaires sur “Supreme infamy…

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    1. Oui, cet enfoiré a bien foutu la merde en nommant ses juges conservateurs, le pire c’est que la majorité des Américains est contre les décisions de la Cour suprême ce qui prouve que ce système n’est pas du tout démocratique 😔

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  1. Ce qui se passe là-bas est effrayant. C’est la première fois que la Cour Suprême revient en arrière et pas que sur une mes de multiples décisions ! J’espère que là, ils vont prendre conscience que cette Cour est une institution anti démocratique ! Des juges à vie, cela m’a toujours fait tiquer. Perso, depuis plusieurs années, je parie sur le fait que les USA n’existerons plus en tant que nation d’ici la fin de ce siècle… Trop de différences, trop de problèmes qu’ils n’ont jamais voulu résoudre. Et là cette Cour qui détruit tout pouvoir fédéral… ça ne sent pas bon pour l’esprit « nation ».

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    1. même s’ils en prennent conscience, comment renverser cette Cour ? Ça doit être hyper compliqué, quand voit que Biden condamne les décisions prises par ces juges mais qu’il ne peut lui-même rien faire pour changer ça…
      Et puis oui, nommés « à vie », ça c’est un truc qui s’applique aux monarques absolus ou aux papes, mais pas à des juges qui ont un pouvoir suprême, surtout au XXIe siècle !

      Aimé par 1 personne

      1. Je pense qu’il y a toujours des moyens… mais c’est aux américains de trouver comment. Nous, on a bien renversé la Monarchie… ce ne fut pas une sinécure mais ça c’est fait donc pourquoi pas eux ?
        Et oui, ce genre de nomination est une aberration dans un pays ce disant démocratique au 21è siècle !

        Aimé par 1 personne

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