La Pentecôte en pente raide

Me revoilà en mode « 36 15 Jeux de mots pourris » pour titrer cet article dans lequel je vais râler un bon coup sur le foutu lundi de Pentecôte, jour férié qu’on a osé nous « sucrer » suite à la canicule de 2003 (cinq you Jean-Pierre)…

Pour la source, cliquez sur l’image.

Mais revenons un peu sur ce jour qui fait tant parler de lui…

La Pentecôte c’est quoi ?

Ouh là, pour moi l’athée qui n’y connaît rien en religion, ça va pas être une mince affaire d’expliquer la signification d’une fête religieuse…

Bon je vais tenter d’être brève (sisi, j’en suis capable !).

Le mot « Pentecôte » vient du grec « pentêkostê » qui signifie « cinquantième ». Elle a en effet lieu 50 jours après Pâques.

C’est une fête célébrée non seulement par les Chrétiens mais aussi par les Juifs. Chez ces derniers, il s’agit du jour où Moïse reçoit les 10 commandements, tandis que chez les Chrétiens il est question de célébrer le moment où les disciples de Jésus reçoivent l’esprit saint, soit l’esprit de Dieu.

Apparemment, c’est depuis le IVe siècle que cette commémoration, qui a lieu un dimanche, est prolongée jusqu’au lundi.

Je n’irai pas plus loin dans ces explications, n’étant absolument pas spécialiste de la question, mais si parmi vous des croyants ou des théologiens veulent apporter des précisions, qu’ils n’hésitent pas en commentaires.

2003, année du changement

Ce lundi de Pentecôte est donc devenu férié suite à la loi du 8 mars 1886.

Ainsi, pendant pas mal de temps, ce jour est devenu un jour chômé pour beaucoup de Français, et majoré pour d’autres (enfin, sauf dans certains secteurs professionnels où c’est constamment l’arnaque pour les salariés, comme la restauration pour ne pas la citer. Et après ça les patrons de restos chouinent qu’ils ne trouvent plus de personnel… Mais là est un autre sujet).

Mais tout a changé en 2003…

Nous sommes en été 2003. Le mois de juillet, déjà très chaud, laisse place à celui d’août avec des températures qui battent tous les records : 39,4 °C à Dinard (Ille-et-Vilaine), 40,5 °C au Mans (Sarthe), 41,9 °C à Fontenay-le-Comte (Vendée). Même la nuit, la température baisse peu (à Menton dans les Alpes-Maritimes, le 6 août 2003, la température ne baisse pas en dessous de 30,3 °C).

La végétation, complètement asséchée, est propice à des incendies qui se multiplient dans le Sud et en Corse.

Dans les élevages intensifs, beaucoup de volailles, porcs et lapins succombent sous l’effet d’une chaleur rendue encore plus intense du fait de leur grand nombre dans les entrepôts.

Bref, la France suffoque, et pendant que le gouvernement est en vacances, les services d’urgences sont saturés, essentiellement par des personnes âgées qui succombent les unes après les autres à cause de la canicule. Les pompes funèbres commencent à l’être aussi…

Puis nos chers ministres se réveillent enfin de leur torpeur de vacanciers, alors on met en place un numéro vert, on déclenche le « plan blanc » afin d’octroyer plus de moyens aux hôpitaux.

Mais il est déjà trop tard : les chiffres officiels, pourtant déjà effarants, sont loin d’être exacts : alors qu’on nous annonce au maximum 3 000 décès, au final une étude de l’Inserm parle de 19 000 morts.

Face à ce constat alarmant, le gouvernement prend des mesures (comme toujours, on attend un drame pour agir, mais bref) et crée le Plan canicule qui permet de mettre en place une meilleure prévention en cas de températures anormalement hautes. Le problème, c’est que ce genre de températures finit par se banaliser (les coupables : le réchauffement climatique et l’Homme qui en est à l’origine), mais une fois de plus, là n’est pas le sujet…

Et c’est suite à ces événements dramatiques que le premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, a décidé la mise en place d’une « journée de solidarité ». En gros, l’idée était de faire travailler les Français gratos pendant une journée pour que cela rapporte des sous qui permettraient le financement d’améliorations dans les EHPAD et les centres pour personnes handicapées, afin que ces gens ne soient plus les laissés-pour-compte d’un système défaillant.

Mais du coup, on bosse ou pas ?

Alors là, bonne question !

Car si de base, la journée de solidarité consistait à faire travailler les salariés un jour férié sans qu’ils soient payés (le lundi de Pentecôte ayant été choisi au départ comme jour férié à sacrifier), des assouplissements ont été permis en 2008, afin que les patrons choisissent eux-mêmes comment procéder. Ils ont donc le choix de faire bosser leurs salariés ce jour-là (sans qu’ils soient payés, ne l’oublions pas), ou de les obliger à poser un jour de congé ou un RTT s’il ne veulent pas venir bosser ce jour-là ou si l’entreprise ferme, ou encore de leur faire faire du « rab » non rémunéré et équivalent à une journée de travail… Enfin, si j’ai tout compris !

Donc, on bosse ou pas, ça dépend du patron.

Une mesure idiote

Outre le fait que ça me gonfle de bosser gratos (y a pas marqué « bénévole » sur mon front), je trouve cette mesure idiote et inefficace pour plusieurs raisons :

  • le gouvernement de l’époque nous fait payer la débâcle de 2003 et son incompétence dans la gestion de crise. Ces messieurs-dames étaient en vacances dans leurs villas climatisées pendant que le peuple suffoquait la bouche ouverte, mais c’est à ce même peuple de travailler plus pour réparer les pots cassés ;
  • la solidarité envers les personnes âgées et handicapées ne devrait pas être imposée, elle devrait couler de source : d’où on délaisse ses aînés et ses proches en situation de handicap ? D’où on laisse ces personnes dans des mouroirs lugubres sans jamais s’inquiéter de leur sort, voire seules chez elles sachant qu’elles n’ont personne pour les aider en cas de problème ? C’est donc en 2003 que les gens ont découvert qu’ils avaient des parents/grands-parents ou des proches handicapés ? (bien entendu je ne parle pas ici des personnes qui n’ont plus aucune famille, pour elles c’est une autre problématique)
  • nombre d’EHPAD et de structures d’accueil pour handicapés n’ont jamais vu la couleur de l’argent promis par le gouvernement et que la journée de solidarité aurait permis de gagner. Ainsi, Pascal Champvert, directeur de l’AD-PA (l’Association des directeurs au service des personnes âgées), estime qu’en 2011, « 500 millions d’euros n’ont pas été affectés […]. En 2010, des rapports de l’Igas [Inspection générale des affaires sociales] et de l’IGF [Inspection générale des finances] ont démontré que, depuis la création de la journée de solidarité en 2004, plus de 2 milliards d’euros n’ont pas été dépensés pour aider les personnes dépendantes. Cet argent a été siphonné pour financer la Sécu ou encore le budget de l’État ». Il est également question de suppressions de postes dans un secteur qui était déjà en manque de main d’œuvre…
  • cette mesure est injuste car elle ne concerne pas tout le monde : seuls les salariés du privé et du public doivent se montrer solidaires. Les professions libérales et les indépendants ne sont pas concernés, de même que les députés… No comment…
  • cette journée de solidarité met à mal non seulement les parents obligés de travailler alors que leurs enfants n’ont pas école ce jour-là (très pratique pour s’organiser), mais aussi le secteur du tourisme qui forcément voit ses chiffres baisser ce jour-là…
  • et plus généralement, les gens en ont déjà marre de travailler toujours plus pour payer toujours plus cher factures, loyer, impôts, denrées, carburant… Alors pas étonnant que bosser un jour gratuitement les fasse râler encore plus ! On est loin du « travailler plus pour gagner plus » de Sarko !

Donc vous l’aurez compris, je trouve que cette journée de solidarité est une mesure qui n’aurait jamais dû être mise en place, car on n’aurait pas dû attendre de pleurer 19 000 morts pour réagir et se rendre compte que les petits vieux et les handicapés sont des personnes fragiles et en 1re ligne en situation de crise (on l’a vu aussi avec la covid).

Ah et j’ai oublié de vous préciser que je travaille le lundi de Pentecôte…


Source de la top image : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/paleontologie-art-rupestre-histoire-femmes-paleolithique-superieur-49592/

2 commentaires sur “La Pentecôte en pente raide

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