Souviens-toi ! #2

Ma série d’articles sur le village martyr Oradour-sur-Glane continue.

Je vais maintenant vous parler des faits qui se sont déroulés en ce 10 juin 1944 au sein du bourg.

Ce terrible 10 juin…

  • Il est 14 heures.

    Alors que les habitants vaquent à leurs occupations habituelles en ce calme début d’après-midi ensoleillé et que les enfants de toute la commune sont à l’école, un bruit de moteur se fait entendre, puis plusieurs. Ce sont des voitures blindées allemandes qui arrivent par l’entrée sud, empruntant le pont de la Glane. Arrivent ensuite les camions.

    Si quelques personnes ont flairé le danger et ont pu fuir à travers champs dès qu’elles ont entendu ces bruits de moteurs, la plupart des habitants ne sont pas inquiets : ils n’ont jamais eu ou causé de problèmes avec les Allemands. À cet instant, ils sont juste curieux d’en voir de si près. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que les nazis ont déjà méthodiquement encerclé le bourg avant même d’avoir passé le pont.

    La population n’a alors aucune idée du sort qui va lui être réservé…

  • Soudain, ordre est donné à toutes et tous sans exception de se rassembler sur le champ de foire.

    Le champ de foire : avant le drame (en haut à droite), après (plaque commémorative)… (sources photos : ici et Mon p’tit nid)

    Tout le monde, sans exception, doit s’y rendre : hommes, femmes, enfants qui sortent de l’école et se rendent sagement sur le lieu de rassemblement.

    Mais les Allemands perdent vite patience ; ils cassent les vitres, enfoncent les portes, pour exhorter les gens à se dépêcher.

    Face à cette violence, les habitants commencent à s’inquiéter. Leur peur s’amplifie lorsqu’ils voient les personnes qui ne peuvent pas se rendre assez vite sur le champ de foire (vieillards, handicapés…) se faire tuer sans autre forme de procès…

  • Une fois la population rassemblée, une rumeur circule : le but de cette opération serait uniquement de vérifier les papiers d’identité de chacun.

    Puis un officier allemand demande des otages, ordonne des perquisitions dans plusieurs habitations, prétextant la recherche d’armes, sans doute pour entretenir la crédulité de plusieurs centaines de personnes qui, au moindre soupçon, risquent un mouvement de panique qui ferait foirer l’odieux plan des nazis…

    Mais l’inquiétude de la foule en question ne cesse de grandir.

  • Et elle grandit davantage lorsque les nazis procèdent au tri des personnes rassemblées : d’un côté, les femmes et les enfants, de l’autre, les hommes et les garçons de plus de 14 ans.

    De la foule jusque-là silencieuse montent alors des cris déchirants, des pleurs, des embrassades ont lieu entre femmes et maris, mères et fils, pères et enfants, amis…

    Les écoliers dont les parents habitent les hameaux alentours n’ont quant à eux même pas de famille à serrer dans leurs bras avant cette tragique séparation.

    Puis le groupe des femmes et des enfants est conduit à l’église…

    L’église d’Oradour avant le massacre… (source ici)

  • Les hommes sont restés sur le Champ de foire.

    Pendant environ une heure, ils vont attendre là leur sort, entendant divers ordres aboyés par les nazis.

    Quelques malchanceux, qui ne font que passer à Oradour à ce moment-là, souvent à vélo, sans se douter du drame qui est en train de s’y jouer, sont eux aussi forcés de se rassembler avec les autres. Pas un ne sortira vivant du village.

    Un vélo calciné dans les ruines… (source Mon p’tit nid)

  • Puis les nazis divisent en 6 groupes les hommes rassemblés, et les emmènent dans des lieux fermés d’où il est impossible de s’enfuir : 3 granges, 1 garage, un chai et un hangar.

    Alignés dans ces bâtiments, les hommes font face à des mitrailleuses.

  • Il est environ 16 heures. Une détonation donne le signal, et les nazis tirent sur les jambes des hommes pour les faire tomber. Puis ils marchent sur les corps pour aller achever les blessés et les agonisants qui bougent ou gémissent.

    Ensuite, ils recouvrent ces corps avec toute matière combustible qu’ils trouvent sur place : foin, bois, etc.

    Ils partent, laissant ainsi les hommes qu’ils ont mitraillés et dont certains sont encore en vie mais, grièvement blessés, sont trop faibles pour s’extirper de là.

    Lorsqu’ils reviennent, c’est pour mettre le feu aux corps afin de rendre toute identification impossible.

    Et tandis que les bûchers se consument, les blessés meurent brûlés vifs…

    Le garage Désourteaux fut l’un des lieux de supplices où les hommes d’Oradour furent mitraillés puis brûlés. (source Mon p’tit nid)

  • Dans l’église, les heures passent.

    Femmes et enfants n’ont aucune idée du massacre qui a lieu dehors, même s’ils doivent probablement le deviner en entendant les mitrailleuses.

    C’est alors qu’entrent des Allemands munis d’une caisse d’où dépassent des mèches qu’ils allument avant de sortir rapidement.

    La caisse explose, dégageant une fumée noire asphyxiante. C’est la panique totale. Les femmes comprennent quel est le but ignoble des nazis, elles comprennent que ni elles ni leurs enfants ne seront épargnés.

    Bien entendu, celles qui tentent de s’échapper tombent sous les balles des SS postés aux fenêtres et qui tirent à vue.

    Puis ceux-ci ouvrent les portes de l’église pour littéralement vider les chargeurs de leurs armes sur cette foule agonisante.

    Enfin, ils jettent sur elle tout ce qui peut brûler (bancs, chaises…) et mettent le feu à l’église, brûlant vifs les femmes et les enfants qui n’étaient pas encore morts, et faisant en sorte, là aussi, de rendre toute identification des corps impossible.

    À gauche : plaque à l’extérieur de l’église ; en haut à droite : les restes d’un des nombreux landaus calcinés retrouvés dans l’église ; en bas à droite : la cloche de l’église qui a fondu dans le brasier (source : Mon p’tit nid)

    Après le 10 juin 1944, l’église est à ciel ouvert : le toit s’est entièrement effondré sur les victimes agonisantes (source : Mon p’tit nid)

  • Il est 19 heures lorsque le tramway en provenance de Limoges arrive, comme à son habitude, à Oradour.

    Lorsque le tram passait sur le pont de la Glane… (source ici)

    Les nazis l’arrêtent à hauteur du pont de la Glane et ordonnent aux voyageurs qui ne résident pas dans le village de repartir à Limoges.

    Les autres sont quant à eux forcés de descendre et de s’aligner contre une palissade, une mitrailleuse face à eux.

    Ils attendront ainsi près de 3 heures, dans la peur d’être sommairement exécutés.

    Mais après ce simulacre de peloton d’exécution, ils sont finalement relâchés avec interdiction formelle d’entrer dans le bourg.

    S’ils voient des flammes monter de certains bâtiments du village, ils n’ont encore aucune idée du sort qui a été réservé à leurs voisins, familles, amis qui étaient restés au bourg.

  • Les SS décident ensuite de brûler et de finir d’anéantir tout le reste du village, après avoir pillé chaque maison, chaque commerce, chaque bâtiment.

    Des objets de la vie quotidienne calcinés… (source Mon p’tit nid)

    Des façades de commerces dévastées (à gauche : café central ; en haut à droite : épicerie ; en bas à droite : café coiffeur)… Source : Mon p’tit nid

    Les bâtiments publics n’ont pas été épargnés non plus : en haut à gauche, la gare du tramway ; en bas à gauche, l’école de filles ; à droite, les PTT (source : Mon p’tit nid)…

    Ils ne laisseront que 2 habitations debout, dans lesquelles ils passeront la nuit à fêter leurs actes de cruauté, boire et manger, avant de les détruire à leur tour.

  • C’est donc un Oradour-sur-Glane méconnaissable que les SS quittent enfin, après avoir tout dévasté et incendié, jeté dans les puits ou enterré ça et là les restes humains qui n’avaient pas brûlé.

    Source Mon p’tit nid


Vous le voyez, les nazis n’ont laissé aucune échappatoire aux malheureuses personnes présentes ce jour-là à Oradour-sur-Glane.

Et pourtant, une poignée de gens a réussi à s’échapper, c’est d’ailleurs leurs témoignages qui ont majoritairement permis de savoir ce qui s’est passé ce 10 juin.

Je vous parlerai de tout cela dans le prochain article de cette série.


Source de la top image : https://www.francetvinfo.fr/image/75e8zvpsi-3401/580/326/12655889.jpg

7 commentaires sur “Souviens-toi ! #2

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  1. Quel massacre, cette histoire, c’est vraiment « dégueulasse » (aucun autre mot ne me vient, à part odieux peut-être, mais c’est pas assez fort).
    On se demande bien pourquoi tant de haine et de cruauté, finalement, non? Au lieu de « tout simplement » tuer…
    Mais bon je crois que les nazis n’étaient pas réputés avoir du cœur.

    Aimé par 1 personne

      1. après je ne sais pas si ces salauds étaient déjà, de nature, assoiffés de sang, ou s’ils ont été conditionnés pour ça (étant donné que les nazis procédaient à un lavage de cerveau sur les Allemands dès le plus jeune âge…).

        Aimé par 1 personne

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