« Mother ? Mother ? »

J’ai récemment tenté une série sur Netflix : Bates Motel. J’ai hésité un moment avant de me lancer car malgré un casting intéressant, j’avais peur d’être déçue comme je l’ai été par plusieurs séries que j’ai voulu tester dernièrement.

Mais il n’en fut rien, au contraire, j’ai vraiment adoré cette série, c’est pourquoi j’ai décidé de lui consacrer un post. Ouais, carrément (ça rigole pas avec moi).

Bon par contre faites gaffe si vous n’avez pas encore regardé cette série, car mon article contient quelques spoils, mais vraiment pas grand chose…

Norma et Norman sont sur un bateau…

… qui tombe à l’eau ?

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Source ici

Je m’égare un peu là, même si à plusieurs reprises Norma et Norman Bates se retrouvent en effet sur un bateau, seulement ce n’est pas l’un d’eux qui tombe à la flotte…

Bates Motel, c’est donc l’histoire de Norma Bates et de son fils Norman (franchement, avec tous les noms qu’il y a dans le calendrier, elle aurait pu trouver autre chose la mère Bates. Tenez, rien qu’en pointant au pif dans mon agenda, j’en ai trouvé un de prénom pour son gamin : Guénolé), qui déménagent suite à la mort (soi-disant accidentelle mais on me la fait pas à moi) du père de ce dernier. Ils débarquent ainsi dans la petite ville de White Pine Bay, où Norma a racheté un motel et le charmant petit pavillon Mikit qui va avec (je plaisante : en vérité, la maison est une vieille bicoque hyper flippante d’aspect, on croirait le manoir des vampires dans Salem). Tous deux vont donc vivre là en faisant tourner tant bien que mal ce motel et en vivant des péripéties dignes de Franklin la tortue (mais en plus violentes et en plus glauques).

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Je sens poindre un épisode rocambolesque…

Mais Norman Bates est peut-être un nom qui vous dit quelque chose, à vous vieux lecteurs qui dans votre jeunesse vous trémoussiez en cachette de vos parents sur du rock n’roll : en effet, Bates Motel est l’avant-Psychose, film d’Hitchcock sorti en 1960 et dont la célèbre scène de la douche, avec les violons flippants en fond sonore, est restée dans les annales du cinéma. (alors je le précise : non, je n’ai pas vécu mes jeunes années à cette époque-là, mais j’ai quand même vu le film une fois avec mon frangin, attendant avec impatience cette fameuse scène)

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La particularité de ce préquel (eh oui c’est comme ça qu’on dit apparemment) est qu’il ne se déroule pas à la même époque que le film, mais dans les années 2010, même si certains aspects rappellent les années 50-60, voire 70, dans cette série.

Bieeeeeeeeeeeeeeeeeeeen !

Pourquoi ai-je aimé Bates Motel ? Quels sont les points forts de cette série ?

Le casting

Alors je sais que je le rabâche à chaque fois, mais ce qui fait avant tout la force d’une série, ce sont ses acteurs. Et de ce côté-là, Bates Motel n’a pas à rougir ! Voyez plutôt :

  • Norman Bates est interprété par Freddie Highmore (que j’avais découvert enfant
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    Source ici

    dans les films Charlie et la chocolaterie et Arthur et les Minimoys, et que j’ai redécouvert jeune adulte dans la série The good doctor). Cet acteur est vraiment excellent, car il est capable de jouer un autiste de manière très réaliste (selon une personne que je connais qui s’occupe d’autistes), ou un ado qui vire psychopathe. Ses mimiques, ses regards, le ton de sa voix, tout est juste dans ses interprétations ! Bref, il est vraiment impressionnant ce p’tit Freddie !

  • Norma, sa môman, est jouée par Vera Farmiga. Je ne connaissais pas cette actrice, qui est une habituée de films d’épouvante que je n’ai pas encore vus (comme The conjuring ou Annabelle), mais je l’ai revue récemment dans
    Vera-Farmiga-smiling-pres-010
    Source ici

    l’excellente mini-série When they see us (sans déconner, regardez-la cette série), où j’ai eu un peu de mal à la reconnaître avec ses cheveux frisés. Quoi qu’il en soit, elle campe ici une Norma Bates excellente, jonglant avec aisance entre les différents aspects de la personnalité de cette femme : tantôt victime vulnérable, tantôt manipulatrice, tantôt séductrice, tantôt colérique… Le seul bémol est la façon qu’a l’actrice de faire pleurer son personnage : par moments, on a l’impression qu’elle halète comme une chienne en train de mettre bas, et j’avoue que c’est un peu pénible…

  • Le shérif Romero est l’un de mes personnages préférés. Bon, j’avoue que son interprète n’y est pas pour rien, puisqu’il s’agit de Nestor Carbonell, alias Richard
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    dans Lost (vous savez, le brun qui traverse les époques sans jamais vieillir). Il est excellent dans ce rôle du shérif qui fait régner l’ordre à sa manière dans la ville de White Pine Bay, et qui ne se laisse jamais impressionner, même par des grands pontes de la drogue. Lui, quand il dit « je m’en occupe », on peut être sûr qu’il ne va pas se contenter de dresser un procès-verbal ! Disons qu’il a une manière beaucoup plus radicale et concrète de s’« occuper » des choses que notre police française…

  • Dylan, le demi-frère de Norman, est interprété par Max Thieriot. Bates Motel m’a
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    Source ici

    permis de découvrir en lui un acteur de talent, plutôt craquant, qui a réussi à faire de Dylan un autre de mes personnages préférés dans la série. Et pourtant, c’était mal barré car au départ, je le trouvais exécrable, c’était le petit con typique qui rejette tous ses problèmes sur sa mère, envers laquelle il ne montre aucun respect. Mais bon, je vous parlerai de l’évolution des personnages un peu plus bas…

  • Emma Decody, l’amie de Norman, est interprétée par Olivia Cooke. Une fois de plus, j’ai découvert cette actrice en même temps que la série, et je la trouve excellente elle aussi. Grâce à son jeu, son personnage s’affirme au fil des épisodes, et c’est tant mieux !
  • Caleb est le frère de Norma (mais pas que…). Il est joué par Kenneth Allen Johnson, un habitué des séries telles que Smallville, SWAT… L’acteur arrive à nous faire compatir à la souffrance de son personnage qu’on ne peut pourtant que haïr au départ. Belle performance !

Sources ici et ici

  • Les guests :
    • Jere Burns (alias Jake Abernathy), qui a eu un rôle dans Breaking bad
    • Richard Harmon (Richard Sylmore), qu’on a pu voir dans Les 100
    • Kathleen Robertson (Jordi Morgan), qui jouait Clare dans Beverly Hills

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      Source ici
    • Mike Vogel (Zack Shelby) : Dale Barbara dans Under the dome
    • Kevin Rahm (Bob Paris), qui a eu des rôles dans Scrubs, Friends, Desperate housewives

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      Source ici
    • Ryan Hurst (Chick Hogan) : Sons of anarchy, The walking dead
    • Jaime Ray Newton (Rebecca Hamilton), qui a joué dans Nip Tuck
    • Michael Vartan (George Heldens), neveu de Sylvie ; il a joué dans Friends, Alias
    • Rihanna (Marion Crane), la chanteuse…

Des personnages évolutifs

Dans Bates Motel, les personnages sont presque tous en constante évolution. Ainsi, ils changent beaucoup, que ce soit en bien ou en mal, entre le début de la série et sa fin.

Voici plusieurs exemples des évolutions les plus notables :

  • Dylan. Dès le départ de la série, le fils aîné de Norma apparaît comme un petit merdeux irrespectueux à qui on a envie de foutre des baffes. Il insulte sa mère, trempe dans le trafic de cannabis de grande ampleur… Mais petit à petit, au gré des révélations sur ses blessures psychologiques les plus profondes, il apparaît comme humain, ayant un bon fond, et cherchant tout simplement à s’en sortir sans faire de vagues. Il va jusqu’à risquer sa propre vie pour sauver celle d’Emma. Bref, finalement, on l’aime le petit Dylan !
  • Emma. Cette lycéenne m’avait fait l’effet, au départ, d’être la fouine-merde de la série, la nana qui veut toujours mettre son nez partout et tout savoir. Sans amis (sans doute car elle n’inspire à ses camarades que de la pitié à cause de la bouteille d’oxygène qu’elle se trimballe partout), elle se « rabat » sur Norman, le nouveau un peu bizarre et solitaire du lycée. Mais au fil des épisodes, Emma devient une jolie jeune femme épanouie, qui souhaite profiter pleinement de la vie, au vu de sa maladie. Et elle aura carrément droit à une « renaissance » lorsqu’elle pourra enfin se débarrasser de ce qu’elle appelle son « animal de compagnie » (pas Norman hein, la bouteille).
  • Norman. Adolescent intelligent, un peu timide, beaucoup trop attaché à sa mère qui norman-norma.gifle couve comme un poussin. Il tente à plusieurs reprises de s’émanciper, de sortir, rencontrer du monde, fréquenter des nanas…, mais il est constamment ramené à Norma par un élastique invisible géant. De ce lien indéfectible naîtra la lente descente aux enfers de l’esprit torturé de Norman, qui va glisser peu à peu dans la schizophrénie et la violence physique. Même une fois sa mère « partie », il lui sera toujours autant lié et aura l’impression qu’elle continue de le manipuler.
Le cas Norma

Norma est le seul personnage récurrent de Bates Motel à ne pas évoluer (et à ne pas vouloir évoluer).

On ne peut pas lui reprocher de ne pas aimer son fils Norman, ça non, mais elle l’aime de manière beaucoup trop excessive. D’ailleurs, cette femme est excessive en tout :

  • dans ses réactions. Il n’y a qu’à voir sa manière de poignarder le type qui la viole au début, alors qu’il est attaché et qu’il ne restait plus qu’à le livrer à la police. Bon, je peux comprendre qu’après un viol, n’importe quelle nana aurait envie de faire de la chair à saucisses de son violeur, mais cette réaction impulsive marquera le début d’une longue série d’ennuis pour elle…
  • dans ses relations avec les hommes. À la moindre contrariété, elle les jette, que ce soit Heldens ou Romero…
  • dans sa façon de se refermer comme une huître et d’inventer des mensonges dès que quelqu’un gratte un peu la surface vernie qui recouvre sa vie et son passé, alors que les rares fois où elle finit par dire la vérité (sur le père de Dylan, sur ce qui s’est passé avec Keith Summers, etc.), au final, ça permet à tout le monde d’avancer.
  • etc.

Mère impulsive, surprotectrice et excessive, telle est l’image qu’elle renvoie à un Norman de plus en plus perturbé psychologiquement. En voulant l’aider, elle l’enfonce d’ailleurs encore plus dans cette psychose, cette schizophrénie dont les crises vont en s’amplifiant dans l’esprit de Norman, qui finira par se façonner une Norma où ressortent encore plus tous ces défauts. C’est d’ailleurs à cause de cette image amplifiée de sa chère « mother » qu’il commettra l’irréparable à plusieurs reprises.

Bref, du début à la fin de la série, malgré ses défauts, Norma ne change pas d’un iota. Même quand elle commence à réaliser qu’en effet, il serait mieux que son fils ait un véritable suivi psychologique dans un centre spécialisé, elle finit par le laisser revenir à la maison prématurément et par repousser tous ceux qui lui expliquent que c’est une grave erreur et qu’elle est en danger avec Norman…

Pas bieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeen !

Bien sûr, Bates Motel n’est pas une série en tous points parfaite (ce genre de graal étant rarement atteint). Voici les quelques défauts que j’ai relevés :

  • les intrigues sont trop nombreuses et trop vite bouclées. Au lieu de se concentrer sur une ou deux et de les développer petit à petit au fil des épisodes, les scénaristes nous les balancent d’un coup pour nous les retirer quelques épisodes après. L’exemple le plus flagrant est cette histoire de réseau de proxénétisme qui débute dès les 1ers épisodes. Cette intrigue a été torchée avant la fin de la saison 1, ce qui est bien dommage car je pensais que le petit carnet de dessins trouvé par Norman sous la moquette d’une des chambres du motel me tiendrait en haleine pendant plusieurs saisons…De plus, cette façon de nous amener de nouveaux personnages pour les faire mourir ou disparaître vite fait donne l’impression que les scénaristes nous jetaient des os à ronger pour ne pas perdre de téléspectateurs en route, un peu à la manière de Lost (pas de doute : Carlton Cuse est bien derrière tout ça…).
  • le scénario souffre de quelques invraisemblances. Ainsi, selon eux, quand on pénètre déjà difficilement chez LE parrain de la drogue (Nick Ford) dont la villa est truffée de gardes montrant les crocs et armés, alors qu’on a rendez-vous avec lui, on peut en ressortir par la fenêtre, après l’avoir tué (beaucoup trop facilement à mon goût), sans qu’aucun desdits gardes ne nous courent après…
    De même, une ado peut faire croire à son suicide en se contentant de déposer des vêtements à elle sur une falaise. Aucune enquête ne sera menée, cette thèse du suicide étant teeeeeellement crédible…

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    Oui, bien sûr, tu te teins en brune, tu te casses en bagnole et tu laisses traîner ton pull Mickey par terre et tout le monde croit au suicide ! (source ici)
  • il est reproché à la série de ne se dérouler ni au même endroit ni à la même époque que le film Psychose, même si on y trouve de nombreux clins d’œil aux années passées (la maison, le motel, les styles vestimentaires de Norman et de Norma, la vieille Mercedes même si elle date des années 70…). Personnellement, cela ne me dérange pas, mais je peux comprendre que ça pose problème aux fans d’Hitchcock…
  • enfin, j’ai un reproche à faire non pas aux scénaristes mais aux sous-titreurs français qui traduisent constamment les « mother » de Norman par « maman ». Non les mecs, « mother » ne signifie pas « maman », mais « mère ». « Maman » se traduit par « Mom », « Mum », ou « Mamma ». Je tique là-dessus car Dylan reproche plusieurs fois à Norma le fait que son fils l’appelle « mother », ce qu’il trouve anormal pour un ado de 17 ans au 21e siècle. Or, appeler sa mère « maman » n’a rien de bizarre, quel que soit l’âge qu’on a, par contre, l’appeler « mère », ça fait vraiment fils à maman, un peu comme Seymour Skinner dans Les Simpson !

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Il est temps de conclure…

Après ce roman interminable et parsemé de spoils (je vous avais prévenus, mais rassurez-vous, ce que j’ai révélé n’est qu’un détail parmi tout ce qui se passe dans cette série), il est temps de conclure.

Donc, si vous aimez les histoires glauques et pleines de meurtres et de rebondissements, n’hésitez pas une seconde à regarder Bates Motel, mais si vous êtes fans de Hitchcock, prenez cette série avec des pincettes, en gardant en tête que certes c’est un préquel de Psychose, mais qu’il est contemporain. Personnellement, je trouve que ce n’est pas plus mal car ça nous montre comment, même de nos jours avec tous les suivis psy possibles et imaginables, un adolescent dont la vie n’a jamais été facile peut virer psychotique et meurtrier sans véritablement s’en rendre compte, du moins au début… De base, Norman n’est pas un méchant garçon, ce sont les circonstances qui le poussent à devenir cinglé.

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4 commentaires sur “« Mother ? Mother ? »

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    1. Elle n’est pas flippante dans le sens film d’horreur, mais elle est glauque quoi… Je te conseille de la tester, perso j’ai adoré dès le 1er épisode ! Et Freddie Highmore est vraiment génial comme acteur ! Ça ne m’étonnerait pas que des réalisateurs de cinéma lui fassent de l’œil un de ces quatre…

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