Mémé D.

Mercredi après-midi, ma grand-mère paternelle, Mémé D., est décédée…

Et ce vendredi, nous lui avons rendu un dernier hommage avant de la mettre en terre…

Ça peut paraître étrange à certains, mais je me console en me disant « c’est mieux ainsi » : atteinte du combo Parkinson-Alzheimer à un stade avancé, elle était sédatée H24 (impossible de faire autrement quand la maladie de Parkinson est trop virulente), ce n’était plus une vie…

Alors oui, 89 ans c’est « un bel âge », mais Mémé D. ne méritait pas la fin de vie qu’elle a eue, avec ces 2 saletés de maladies…

Femme d’agriculteur, toute sa vie elle a travaillé à la ferme, tant du côté des animaux que des tâches ménagères de la maison.

Coups de becs de poules belliqueuses, coups de griffes de lapins mécontents, coups de pieds de vaches caractérielles, mais aussi ostéoporose due à une ménopause mal prise en charge par les médecins (ma grand-mère n’aimait pas trop les « toubibs », elle ne les fréquentait pas souvent), fatigue engendrée par la dureté du travail… Et malgré cela, elle ne se plaignait jamais de sa santé, préférant se préoccuper du bien-être des autres…

Je l’ai déjà évoqué à plusieurs reprises sur le blog : j’éprouve une telle nostalgie quand je me souviens des vacances ou des week-ends prolongés que je passais à la ferme !

Mémé D. m’y avait appris tant de choses ! Grâce à elle je sais :

  • plumer un poulet, dépecer un lapin (bon j’espère ne jamais avoir à faire ça…)
  • traire une vache
  • essuyer un veau avec de la paille après sa naissance, pour aider la mère fatiguée à le nettoyer
  • nourrir un veau au biberon
  • trouver les œufs de poules capables de nicher dans les endroits les plus improbables
  • mener un troupeau de vaches d’un pré à l’autre ou à l’étable
  • nourrir les animaux (vaches, lapins, poules)
  • m’occuper d’un poussin trop faible
  • ouvrir une bogue de châtaignes sans me piquer les doigts
  • ce qu’est une poupée de maïs
  • éplucher et nettoyer des champignons
  • observer les nids d’hirondelles sans déranger les oisillons
  • tendre l’oreille à côté d’une clôture, pour savoir si celle-ci est électrifiée ou pas
  • qu’il faut toujours rester à la vue d’une vache pour la caresser, histoire de ne pas la surprendre et risquer un coup de pied ou de corne
  • etc.

C’est également grâce à elle que j’ai eu l’occasion de goûter au meilleur lait que j’ai jamais bu : le lait à peine sorti du pis, tout juste filtré, sans stérilisation ultra haute température, sans chichi, bref du bon lait entier tout chaud !

Elle m’a inculqué le respect des animaux, qu’elle aimait (n’en déplaise aux végans, on peut avoir une ferme et aimer les animaux) : outre les animaux de la ferme qu’elle traitait avec le plus grand soin, elle nourrissait un petit crapaud qui avait élu domicile à côté du jardin ; quand elle trouvait des escargots dans son potager, au lieu de les tuer, elle nous les donnait pour faire des élevages ; le jour où, avec mon cousin, nous avons trouvé un nid de souris sous une botte de paille dans l’étable, Mémé D. nous a dit de remettre la botte à sa place pour ne pas déranger les petites bêtes qu’elle refusait de déloger ou de tuer ; lorsqu’elle avait réussi à piéger le hérisson qui venait piller les réserves de granulés des poules, elle avait tenu à lui laisser la vie sauve pour le relâcher dans la forêt ; elle nourrissait un petit chat errant qui traînait dans le coin…

Je suis athée, donc ne me dites pas « maintenant elle est au ciel », ou « Dieu l’a rappelée à lui » etc. Pour moi, elle est décédée, point. Son corps inerte repose dans le caveau au cimetière, et il renaîtra à sa manière, c’est-à-dire de manière biologique… Même si j’aimerais croire à la réincarnation, je ne pense pas que cela soit possible. Quand on est mort, on est mort. Le rideau se baisse sur notre vie. On a fermé les yeux, on ne les rouvrira plus jamais. C’est comme si on dormait pour toujours, et je préfère que ma grand-mère dorme ainsi plutôt que bourrée de médocs dans un EHPAD.

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Ce qui est ironique dans tout ça, c’est que ses obsèques nous auront permis de revoir de la famille éloignée : mon oncle, ma tante et mon grand-père que je n’avais pas vus depuis 3 ans, mais aussi mes cousines et mon cousin (je ne sais même plus à quand remonte la dernière fois que je les avais vus), un cousin et des oncles de mon père, que je n’avais pas vus depuis que j’étais petite… Après la tristesse et le recueillement pendant la cérémonie, nous sommes tous allés boire un coup en l’honneur de Mémé D. au petit café-resto-multicommerces-bureau de poste du coin (typique des petits bleds de campagne). Et ce fut un moment joyeux de retrouvailles et de souvenirs amusants.

Eh oui, cette sacrée Mémé D. aura fait une dernière bonne action : permettre à la famille de se réunir…

Alors un grand merci à toi Mémé, pour tout ce que tu m’as appris et inculqué, pour ta générosité, ton dévouement, ta gentillesse, ta gourmandise dont j’ai hérité…

Merci de n’avoir jamais fait de vagues, merci de m’avoir permis de te connaître, et d’avoir permis à ma fille de te connaître également, merci pour tous tes précieux conseils, et merci pour tes bons p’tits plats !

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En guise d’adieu, je citerai la phrase que tu aurais dite en voyant toutes les jolies fleurs et plaques autour de ton cercueil, avec ton accent transformant les « r » en « l » :

Euh-là, tout ça juste poul moi ? Mais c’est beaucoup tlop poul une pauv’ vieille mémé comme moi !

22 commentaires sur “Mémé D.

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  1. Une bien jolie déclaration pour une mémé hors du commun!
    Qui on le sent à travers tes mots avait le sens des autres.
    Oui qu’elle repose en paix. La mort est parfois une délivrance.
    PS: le lait au pis, c’est juste un délice! Rare!
    Affectueuses pensées pour toi et tes proches

    Aimé par 1 personne

  2. Très joli texte, qui fait grandement écho à un post que j’ai rédigé il y a à peine deux semaines. Tout paraît si loin et si prêt que ça en devient étrange ! Que ta grand-mère ait tout le repos qu’elle mérite et que son souvenir reste dans vos coeurs. Toutes les traditions dont tu parles me font dire qu’il y a encore beaucoup de transmissions à venir – et ça, ça fait partie du sens profond de la vie. Je t’envoie des pensées positives.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton soutien !
      Oui je me souviens avoir lu ton post sur ton grand-père que tu as perdu toi aussi il y a peu…
      Sale période n’est-ce pas ?
      Si je pouvais un jour transmettre à ma descendance ne serait-ce qu’un 10e des savoirs qu’elle m’a transmis, je serais déjà fière de moi !

      Aimé par 1 personne

  3. Très joli texte, touchant…
    J’avais l’impression de me reconnaître dans certaines choses. J’ai grandit à la ferme… Ça m’a mit un petit coup de nostalgie même si je n’ai pas connu mes grands parents… Très bel hommage… Très beaux écrits.

    Aimé par 2 personnes

      1. Nous on essaye d’inculquer ça aux loulous (famille recomposée) car je trouve que les jeunes d’aujourd’hui sont trop écran !
        Au moins mes loulous savent que les carottes viennent de la terre et non des conserves !

        Aimé par 1 personne

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