Trouver une formation, c’est tout un art !

Souvenez-vous, dans le post Savoir s’orienter, c’est tout un art !, je vous racontais mes mauvais choix d’orientation au lycée puis à la fac, et je m’étais arrêtée, dans la chronologie, à :

« J’ai donc décidé d’arrêter là mes études supérieures et de me pointer à l’ANPE avec mon projet en tête : devenir bibliothécaire. »

Comme je sais que vous bavez d’envie de connaître la suite (comment ça, non ???), la voici, la voilà ! kang.gif

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Appelez-moi Candide

Mon 1er rendez-vous à l’ANPE fut mémorable. Je me suis pointée, pleine d’espoir, avec mon super projet en tête : devenir bibliothécaire. Je pensais que mes études littéraires, mon bac+3 mention documentation et ma petite expérience en biblio impressionneraient le conseiller…

wallMais quand j’ai annoncé ce projet avec fierté au gars qui m’a reçue au guichet, je me suis mangé un mur en pleine face : « ah mais vous avez passé le concours ? Non parce que on devient pas bibliothécaire comme ça, faut passer un concours, ensuite faut postuler parce que les concours territoriaux ça donne pas un travail comme ça, et faut faire ci, et faut faire ça… » OK Coco, alors déjà, je sais que c’est le sacro-saint concours qu’il faut pour faire carrière dans les biblios, mais moi je comptais entrer par la petite porte, celle où ya marqué « Contractuels bienvenus » dessus…

Le gars m’a donc pris rv avec un conseiller pour que je revoie mon projet professionnel…

Autant vous dire que je n’ai pas attendu ce rv pour le revoir moi-même, mon beau projet !

Alors j’ai décidé d’élargir mon objectif : au lieu de viser les bibliothèques (sortant des études, je n’avais aucune envie de retourner dans les révisions et compagnie pour passer un foutu concours), je me suis « ouverte » aux métiers du livre.

livre.gifLes métiers du livre, c’est plutôt large : ça englobe aussi bien les bibliothèques que l’édition, les centres de documentation, les librairies, la presse…

Passons en revue ces domaines : bon, les biblios, pour le moment, c’est mort, l’édition ça recrute pas donc c’est même pas la peine d’y penser (et pis si c’est pour me dire d’aller faire une école d’édition ou que sais-je à Paris, c’est niet), les centres de documentation ne recrutent pas dans le privé, et dans le public c’est encore sur foutu concours, la presse c’est pareil que l’édition… Il me reste donc : la vente en librairie.

Pourquoi pas ? Après tout, dans le post sur l’orientation, j’avais bien dit que la vente m’attirait…

Donc nouvel objectif : devenir vendeuse en librairie.

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Des bâtons dans les roues

Autant je ne voulais pas me casser le cul à passer des concours qui ne garantissaient même pas un emploi au bout, autant j’étais prête à me résigner à faire une formation pour que mon nouveau projet aboutisse. La solution idéale était alors l’alternance, d’autant qu’à cette époque, j’étais encore jeune, les patrons pouvaient donc se permettre en toute légalité de me sous-payer pendant mon contrat de qualification ! L’âge ne constituerait donc pas un prétexte pour ne pas m’embaucher.

J’ai donc glané un centre de formation en alternance, le même que celui que mon homme avait contacté pour faire de l’alternance en cuisine. En quelques jours à peine, ce centre lui a trouvé un restaurant prêt à l’accueillir sans qu’il ait à lever le petit doigt. Moi, pour faire un contrat en vente, ce fut une toute autre histoire…

« Vous comprenez, faut dans un premier temps que vous cherchiez vous-même un employeur, parce que la vente, c’est plus compliqué que la cuisine, gnagna… » OK ! Ils ne m’ont donné aucun tuyau pour démarcher les entreprises — sympa ! — alors que je n’avais jamais vraiment bossé de ma vie, donc je ne savais pas comment m’y prendre.

J’ai quand même tenté, et bien entendu je me suis ramassé refus sur refus, dont un d’une connasse de libraire pour enfants qui a joué les donneuses de leçons au téléphone (allez vas-y et pendant que tu y es, fouette-moi avec des orties fraîchement coupées et balance du gros sel sur les plaies ! Je suis pas assez dégoûtée de me ramasser des refus, je suis pas assez en souffrance de devoir prendre ce foutu téléphone que je déteste !). C’est quand même fort de se faire recevoir comme ça par une nana qui tient une librairie (célèbre dans ma ville, je précise) pour enfants ! Heureusement que les autres ont été plus sympas, même si c’était pour me dire non…

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Oui ben ça va j’ai compris…

Je suis donc retournée voir le centre de formation en leur demandant de m’aider. Et là ils m’ont répondu avec un grand sourire « ben ça tombe bien : on a justement une super librairie qui est prête à vous accueillir à bras ouverts ! »

Non je plaisante bien entendu ; au lieu de ça, ils m’ont sorti un nouveau prétexte merdique pour ne pas m’aider : le fameux argument (auquel j’aurai droit à plusieurs reprises dans ma vie de chercheuse d’emploi) du…

« Vous avez trop de diplômes. »

Donc en gros ils me disaient qu’avec mon bac +3 en langues j’avais pas le droit de faire un niveau bac pro vente, et qu’il me faudrait une dérogation de la DDT (aujourd’hui la DIRECCTE). Bon, soit ! Je voyais pas trop le rapport entre des études de langues ultra-théoriques et un bac pro vente, mais c’est pas grave, je suis allée à la DDT (ils croyaient peut-être que leur argument nul allait me faire renoncer ? Bande de glands !), et la bonne femme, très sympa, a été aussi étonnée que moi car elle non plus ne voyait pas en quoi avoir une licence de langues pouvait m’interdire de faire un bac pro vente en alternance… Elle m’a quand même fait un papier pour dire que c’était bon.

Je me suis donc repointée au centre de formation avec ma « dérogation » sous le bras, et là ils ont bien été obligés de jouer franc jeu : « désolé mais on va pas pouvoir vous accueillir dans notre centre car la vente en librairie en alternance c’est rarissime vous comprenez et bla et bla et bla… ». Il aurait quand même été bon de me le dire dès le début au lieu de me faire courir à droite à gauche, et dans quel but en plus ? De ne pas vexer mon copain qui avait déjà entamé sa formation chez eux ? De remplir leur fichier de chômeurs avec un nom de plus ? Ou simplement de voir jusqu’où j’étais prête à courir pour qu’ils s’occupent de moi ?

Bref, je me suis cassée sans me retourner.

Je me suis adressée à un autre centre de formations en alternance, qui n’a été foutu de me proposer qu’un centre de remise en forme (j’ai beau chercher, j’arrive pas à trouver de rapport entre la vente en librairie et un lieu où des types se la pètent en faisant saillir leurs muscles avec des altères, et où des mémés viennent faire de la thalasso)…

****

Mon sésame pour l’AFPA

J’ai donc fini par conclure que faire de la vente en librairie en alternance serait impossible. Alors, j’ai cherché d’autres types de formations rémunérées, et mon homme, qui avait déjà suivi une formation AFPA quelques années auparavant, m’avait conseillé de me renseigner chez eux car ils formaient sur plusieurs domaines, y compris le commerce, proposant des formations rémunérées.

Je me suis alors intéressée à la formation d’agent technique de vente (je crois que ça s’appelait comme ça), pour laquelle j’ai passé les tests avec brio, tellement d’ailleurs que la conseillère qui m’a reçue pour me faire part de mes résultats m’a poussée au cul pour faire la formation au-dessus : responsable de rayon (non parce que vous comprenez, j’avais une fois de plus trop de diplômes pour faire une simple formation niveau BEP, et puis vu mes résultats aux tests, c’était forcément plus intéressant pour moi de faire la formation niveau bac, peu importe que le métier visé ne fut pas celui que je voulais exercer hein !).

de-funes-souffle

Donc je me suis retrouvée parachutée sans vraiment le vouloir dans une formation qui me destinait à exercer un métier que je ne visais pas : responsable de rayon…

Mais je ne regrette pas d’avoir suivi cette formation : à cette époque, l’AFPA avait de la thune, donc les formations étaient plus longues, contenaient plus de stages (j’en avais 3) et étaient beaucoup plus complètes : aux cours de responsable de rayon se sont ajoutés des cours d’informatique, de management et même la formation SST.

Et puis on était un bon petit groupe, tout le mode s’entendait bien, le formateur était génialissime, on l’adorait…

Et mine de rien j’ai appris beaucoup de choses sur le monde du commerce !

Bon, oublions le fait que, n’ayant pratiquement jamais travaillé avant, et n’ayant pas droit aux allocs chômage, je touchais le strict minimum : 339,35 euros (c’est marrant, j’ai en général beaucoup de mal à retenir les chiffres, mais celui-là je l’oublie pas !). Les fins de mois étaient donc difficiles, entre mon homme qui en alternance ne touchait qu’un pourcentage du SMIC, et moi qui n’avais pour paye que ces clopinettes, mais bon, on arrivait à payer notre loyer et à s’en sortir quand même !

****

3 stages

Lors de ma recherche de stage pendant cette formation, ne trouvant une fois de plus aucune librairie prête à m’accueillir (c’est fou ce que ce monde peut être fermé !), je me suis dit « et pourquoi pas revenir à mes premières amours en tentant les animaleries ??? »

Cela paraissait impossible au premier abord, et pourtant, grâce à un contact du formateur (ya que ça qui marche pour trouver même un pauvre stage gratuit, de toute façon), une jardinerie a accepté de m’accueillir au sein de son rayon animalerie !

Le responsable de rayon s’étant montré hyper sympa lors de mon entretien, je me suis donc pointée avec des étoiles dans les yeux dès mon premier jour : entourée d’animaux, dont il fallait que je m’occupe avant l’ouverture, j’étais vraiment dans mon élément ! Les petits lapins, les rongeurs, les oiseaux, les poissons… Ce stage s’annonçait vraiment top pour moi !

homer-whoop

Mais… (eh oui ya souvent un mais avec moi)

… j’ai très vite déchanté quand j’ai vu à quel point les 2 vendeurs du rayon étaient méprisants envers les stagiaires (heureusement qu’entre stagiaires on se serrait les coudes), et la façon dont étaient traités les animaux dans ce genre de magasins…

Il faut savoir qu’une animalerie, c’est avant tout un espace de vente, et que sur un espace de vente, quand un article est endommagé, on le vire des rayons…

C’est ce qui arrive aux animaux d’animalerie : un oiseau au cou déplumé est isolé, seul dans le noir, derrière les batteries de cages des autres oiseaux. Et pas besoin d’être vétérinaire pour savoir qu’un oiseau qui ne voit jamais la lumière du jour se meurt…

De plus, summum de l’horreur, on a exigé de moi que j’achève une souris agonisante qui venait de bouffer ses petits… Y a-t-il une façon propre de faire ça ? Réponse des vendeurs : « Tu t’en fous : tu vas derrière à côté des bennes, et tu l’éclates contre un bord de trottoir… Faut que tu le fasses parce que c’est le genre de truc qui fait partie du quotidien d’un vendeur en animalerie ». Je suis sûre que ce jour-là ils se sont foutus de ma gueule ces 2 connards ! Toujours est-il qu’en bonne stagiaire candide j’ai achevé cette pauvre bête, et ce jour-là je me suis dit : « l’animalerie : plus jamais ! ».

Ce stage fut horrible pour moi, mais nécessaire : finis les regrets de n’avoir pas pu faire un cursus professionnel de vente en animalerie après le bac, ça a eu au moins ça de positif…

J’ai donc complètement changé d’optique pour mes 2 stages suivants : les jouets ! Le monde de l’enfance, voilà un truc qui me plaît ! Le côté ludique, coloré, nostalgique de mes jeunes années… C’était idéal pour moi !

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J’ai donc effectué mes 2 stages suivants dans un magasin de jouets grâce, une fois de plus, à un contact qu’avait le formateur.

Ces 2 stages se sont vraiment bien passés, j’ai été beaucoup mieux accueillie, je me sentais respectée en tant que stagiaire, le courant passait bien avec le directeur qui m’a confié des responsabilités (ce que je n’ai pas eu dans l’animalerie, alors que bon, je suis quand même censée apprendre le métier de responsable de rayon mais bref…) : faire les plannings des vendeurs, par exemple. Il m’a même confié la caisse, alors que d’habitude il ne laissait aucun stagiaire en autonomie à ce poste.

Bref ça m’a vraiment fait plaisir de voir que tous les stages ne se passaient pas forcément mal.

Le seul point négatif, c’est que ces stages ayant eu lieu après les fêtes de fin d’année, le magasin était vide par moments et je me faisais chier…

En tout cas, j’ai obtenu haut la main, à l’issue de cette formation, mon titre niveau IV Responsable de rayon ! Encore un diplôme à ajouter à mon CV.

Dans un prochain post, je vous raconterai quelles portes m’a ouvert ce titre ainsi que la suite de mes (més)aventures de chômeuse…

****

Ce qu’il faut retenir…

Ce que j’ai retenu de ces mois de recherche de formation, c’est « vous avez trop de diplômes », leitmotiv qu’on me ressortira à maintes reprises par la suite.

Donc en gros, dans ce pays, on est puni d’avoir trop de diplômes. On ira plus aider ceux qui ne foutaient rien à l’école (même si je sais que tous les gens non diplômés ne le sont pas forcément pour cette raison), en témoignent les profils Copains d’avant de pas mal de personnes que j’eus connues et qui ont trouvé un taf grâce à l’alternance, que toi qui t’es cassé le cul à être studieuse, à décrocher ton bac, puis à faire des études longues sur les conseils merdiques de ta conne de prof principale de 3e…

kaamelott-logique

Si j’avais su, j’aurais fait comme beaucoup au collège : j’aurais séché les cours, répondu aux profs, jamais révisé, je serais sortie du cursus scolaire avec rien en poche et là, peut-être qu’on m’aurait un peu plus aidée, peut-être qu’on ne m’aurait pas fait courir à la DDT pour une soi-disante dérogation, peut-être qu’on ne m’aurait pas cassé les pieds !

Allez savoir…

9 commentaires sur “Trouver une formation, c’est tout un art !

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  1. Je le dis souvent mais sans diplôme, j’ai pas été plus aidé pour entrer en formation. Moi c’était l’inverse : ne pas avoir le bac, ne pas avoir de diplôme était un frein immense. En plus dans la Creuse et sans voiture, autant dire que … bref.
    Ce sont des excuses tout ça, ils s’adaptent à la personne face à eux pour donner une raison à leur refus.

    Aimé par 1 personne

    1. et que dire des dispositifs style contrats PACTE ? ceux qui foutaient rien à l’école et répondaient aux profs etc., eux, avec leur bac – , on leur déroule le tapis rouge et ils peuvent accéder à une titularisation dans la FP alors que toi la diplômée on te fait galérer avec des concours débiles…

      Aimé par 2 personnes

      1. J’ai eu des contrats refusés (alors que j’avais la qualif) parce que réservés à ceux sans diplôme… j’ai demandé alors pourquoi faire un bac+3 mais on m’a envoyée sur les roses

        Aimé par 1 personne

      2. J’ai répondu un jour à une télécandidature alors que j’avais un niveau de diplômes trop élevé, l’offre étant idéale pour moi je me suis dit « tant pis je tente » (c’était une offre d’aide documentaliste à 2 pas de chez moi, j’avais l’expérience demandée) mais bien sûr ça a été refusé, parce que j’ai été assez bête pour faire des études longues…

        Aimé par 1 personne

  2. C’est le grand n’importe quoi… Les excuses bidons yen a tellement… Trop de diplômes, pas assez d’expériences (pour un 1er poste !).. J’ai même du diminuer mon niveau scolaire parfois, alors que ma section ne m’a pas du tout apporté le « niveau » affiché, c’est dans une matière spécifique mais ils ne voulaient rien entendre. Si tu as tel niveau que ce soit en maths ou en botanique tu as tel niveau. C’est débile. Aussi débile que de voir partir tous les jeunes pleins de bonnes idées, ailleurs, parce qu’on n’encourage pas les idées en France, à cause de vieux croûtons qui ont attendu toute une vie pour présenter une idée et ne supportent pas que des jeunes en aient de meilleurs. « Si j’en ai chié tu en chiera encore plus » pourrait être un slogan français.

    Dommage de voir des gens, jeunes ou pas, avec un savoir faire de malade dans les mains mais, t’as pas le bon diplôme, pas la bonne gueule, pas le bon sexe, pas le bon nom, la bonne famille, le bon compte en banque… Bref. Ça va jamais.

    Et à côté de ça, tiens, exemple actuel.. on baisse donc les limitations à 80km mais on ne se demande pas quelle boite (coucou copinage !) va, par miracle, recevoir le droit de faire des milliards de nouveaux panneaux, à quel prix, payés par qui, et laquelle réinvestira dans les anciens.. Quels seront les aides qu’ils recevront ? Énormes. Une seule chose est sûre… C’est pas la ptite entreprise de petaouchnoque qui en aurait pourtant bien besoin, vu les charges… Mais voilà..

    Bref. Tout va de travers mais paraît il qu’on est un pays super riche et fort !
    Un jour, quand on verra qu’il n’y a plus que des vieux riches sans idées neuves partout et que les diplômés, jeunes et moins jeunes, se barrent avec leurs idées, y aura peut-être un réveil ? 🤔

    Même pas sur.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est pas avec Super Macron que ça va aller mieux, lui qui n’en a que pour les riches et qui passe son temps à stigmatiser les pauvres et les chômeurs !
      Il va encourager les fils de bourges qui ont les moyens d’intégrer des grandes écoles payantes, et enfoncer encore plus ceux qui essaient de s’en sortir sans papa-maman derrière…

      Aimé par 1 personne

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