Savoir s’orienter, c’est tout un art !

Dans ce blog, il m’est déjà arrivée d’évoquer mon sens de l’orientation déplorable : conduire dans un endroit que je ne connais pas, me repérer sur une carte, tourner cette carte dans le bon sens (le nord au nord, le sud au sud…), savoir où se situe le boulevard Trucmuche, tout ça pour moi, c’est digne d’une série d’épreuves de Fort Boyard !

J’ai l’impression d’être comme Perceval dans Kaamelott : ne me demandez pas de prendre telle route/rue, dites-moi plutôt « c’est là où ya tel magasin, ou telle maison bizarre, ou le gros type qui t’avait grillé la priorité une fois », et là je saurai de quel endroit il est question !

Perceval : « Calogrenant il est où ?

Lancelot : – Du côté de la forêt, un peu après la clairière, où ya une grosse pierre qui ressemble à une miche de pain… »

perceval-nord-sud

****

Regrets…

Mais parlons aujourd’hui de l’orientation dans le sens « choix de vie » du terme : je fais partie de ces trop nombreuses personnes qui regrettent les mauvais choix d’orientation qu’elles ont faits étant plus jeunes…

Voilà l’histoire :

Depuis la primaire, j’ai toujours eu une propension à écrire, lire, plutôt qu’à calculer, tracer des formes géométriques… Bref, j’étais déjà une littéraire dans l’âme !

Au collège, cela s’est précisé avec mon esprit de synthèse et d’analyse en histoire-géo, et ma motivation à apprendre les langues vivantes.

Les sciences naturelles me plaisaient beaucoup également, mais les autres matières scientifiques, elles, ne m’attiraient pas plus que ça (même en 5e, où j’avais un prof de maths juste génialissime — fait assez rare pour être souligné –, je n’ai pas « viré ma cuti »). Je ne parle même pas des sciences physiques et de la chimie qui chez moi suscitaient autant d’intérêt que l’EPS…

Arrivée en 3e, il m’a fallu choisir une option pour le lycée. Je me suis logiquement tournée vers l’apprentissage d’une 3e langue vivante : l’italien, que j’ai appris avec plaisir.

En fin de seconde, c’est donc naturellement que je me suis orientée vers la filière littéraire : plus de français, d’histoire-géo, de langues vivantes (bon de la philo aussi — berk et re-berk — mais ça malheureusement personne n’y réchappe, et c’est toujours le cas aujourd’hui !).

philo

J’ai décroché mon bac littéraire avec une mention assez bien (j’aurais pu avoir une mention bien si je ne m’étais pas fait sacquer en philo — j’ai eu du mal à digérer ce 8/20 alors que le sujet m’avait inspirée et que j’avais 14 de moyenne sur l’année avec des sujets moins intéressants).

questionEt c’est là que les choses se sont compliquées pour moi, car avec le bac en poche, je ne savais absolument pas, à ce stade, quoi faire de ma vie.

Au fond de moi, je voulais travailler dans le domaine animalier (je l’ai toujours voulu : gamine, mon souhait était de devenir vétérinaire), mais quel métier exactement ? J’avais depuis quelques années laissé tomber l’idée de devenir véto : profil scientifique plus que nécessaire, études longues et difficiles, métier difficile également, pas toujours tout beau tout rose (je ne me voyais pas faire le choix difficile de piquer un animal, vous imaginez ?).

Toilettage canin ? Mouais bof, tondre un caniche de manière absolument ridicule pour faire plaisir à une vieille bourge, très peu pour moi !

caniches.png
à gauche, un grand caniche toiletté normalement, à droite, un grand caniche toiletté de manière absolument grotesque…

Élevage canin : ça ne m’aurait pas déplu mais je ne me sentais pas l’âme d’une gestionnaire.

Restait la vente en animalerie : les métiers de la vente me faisaient de l’œil depuis la fin du collège (en plus à cette époque, le commerce était le domaine qui recrutait, apparemment), donc allier vente et animaux, pour moi c’était que du bonheur !

Seulement voilà : l’école d’animalerie était certes dans le département, mais carrément à l’autre bout, donc internat obligatoire, donc coût pour mes parents et un éloignement géographique pour lequel je ne me sentais pas encore prête.

minitelulla.jpg
3615 Ulla, c’était pas pour s’inscrire dans le supérieur…

En plus de ça, au moment des inscriptions (par Minitel — vous moquez pas, je sais que je suis vieille…), impossible de m’inscrire dans ce LPA : aucun lycée professionnel ne figurait dans la liste ! Il n’y avait que des établissements d’enseignement supérieur (facs, lycée avec classes prépa, etc.).

Et pour finir, je me suis souvenue qu’en 3e, j’avais déjà évoqué cette idée à ma connasse de prof principale qui m’avait clairement fait comprendre qu’il ne fallait pas que j’aille en lycée professionnel car c’était plutôt réservé aux élèves qui avaient des difficultés en classe, et qu’il valait mieux que je suive une filière générale au lycée puis des études longues…

Du coup, ben… bye bye le projet pro balbutiant !

Par défaut, je me suis donc inscrite à la fac de lettres, langues et sciences humaines de la ville d’à côté, en bonne littéraire qui rentre dans les petites cases que la société lui a formatées (first bad choice).

Étant donné mon intérêt pour les langues vivantes, c’est vers elles que je me suis tournée. J’avais le choix entre LEA (langues étrangères appliquées), donc un enseignement plus pratique de la langue, qui peut servir en entreprise, et LLCE (langues, littératures et civilisations étrangères), beaucoup plus théorique, beaucoup plus « nez dans les bouquins ». C’est cette dernière filière que j’ai choisie… (second bad choice)

Il me restait à me décider sur la langue de spécialité : j’avais le choix entre les 3 que j’avais commencé à apprendre au collège et au lycée, à savoir anglais, allemand ou italien. J’ai éliminé d’office l’italien car n’en ayant fait que 3 ans au lycée, j’avais peur de ne pas avoir le niveau.

Alors, anglais ou allemand ? J’hésitais tellement que j’avais décidé de suivre, au 1er semestre, la double spécialité, histoire de trancher, et voici mon constat :

Anglais : étudiants trop nombreux, niveau trop facile, cours de civilisation inintéressants (vous savez tous ce que je pense de la famille royale, n’est-ce pas ?), prof nulle pour les TP de littérature (avec un faux accent anglais tout pourri, « bioutiiiiii », « neïtiuuuuuwe », voilà comment elle prononçait « beauty » et « nature »…), pour en plus traiter de textes de Nathaniel Hawthorne qui, vous l’aurez peut-être compris, passait son temps à s’extasier sur la « bioutiiiiii » de la « neïtiuuuuuwe »…

Allemand : plus difficile niveau langue, mais tellement plus intéressant ! En littérature, on faisait, entre autres, du Goethe avec les souffrances de ce pauvre Werther (bon c’était pas Byzance, mais toujours mieux que Hawthorne avec sa « neïtiuuuuuwe »), en civilisation, on parlait de l’histoire allemande depuis les tribus germaniques jusqu’au déclenchement de la Grande Guerre… Les profs étaient meilleurs, on était un petit groupe… Et puis je me disais qu’un recruteur serait plus intrigué par un CV ayant la particularité d’un diplôme supérieur « Allemand » que par une multitude de CV de personnes ayant fait une fac d’anglais…

Donc, vous l’aurez compris, j’ai choisi pour le 2nd semestre la langue qu’ils parlent outre-Rhin. (third bad choice ?)

3Alemania-superbandera2-germany_hw.gif

J’ai fait une très bonne 1re année de DEUG, une 2nde année pas mal du tout, et j’ai donc décroché mon DEUG avec la mention assez bien.

J’ai hésité à poursuivre en licence (j’en avais un peu marre de l’allemand, et puis je commençais à me demander si le niveau n’était pas un peu faible dans cette fac, sachant que j’avais décroché un bac + 2 avec mention alors que je n’étais pas capable, à ce stade, de converser avec un germanophone…), mais ce qui m’a largement incité à continuer, ce fut la possibilité de choisir une « mention » optionnelle qui me permettrait éventuellement de bifurquer l’année suivante vers une maîtrise de la spécialité visée par cette mention.

En clair, je pouvais choisir par exemple une mention Documentation qui, si je décrochais ma licence, me donnerait la possibilité de dire « auf wiedersehen » à l’allemand et de partir suivre une année de maîtrise de documentation.

Autant vous dire que je n’ai pas hésité longtemps à choisir cette mention ! Beaucoup d’heures de cours intéressants, gros coefficients, et puis, la doc quoi ! Pour la littéraire passionnée de bouquins que j’étais (et que je suis toujours), ça ne pouvait qu’être attirant !

Donc j’ai fait mon année de licence, avec d’un côté des cours d’allemand qui m’intéressaient de moins en moins, et de l’autre des cours d’édition, de communication scientifique, d’Internet (eh oui, à l’époque, on en avait besoin !), de bibliographie…

En parallèle, j’ai bossé en job étudiant comme monitrice de la bibliothèque d’allemand, un taf payé des clopinettes mais tellement intéressant pour moi, même si je déplorais l’état de cette minuscule bibliothèque au fonds pas très riche…

Et dans ma tête se dessinait un nouveau projet professionnel : celui de travailler en bibliothèque !

biblio.png

C’est à mon grand étonnement que j’ai décroché ma licence avec une mention passable (donc limite-limite), bien sûr pas grâce à l’allemand où je me suis ramassée, mais grâce à ma super moyenne en documentation.

Mais à ce stade, même si j’avais mon nouveau projet pro en tête, j’en avais marre des études ; je me disais que plus je ferai d’années d’études supérieures, plus tard je serai sur le marché de l’emploi, et moi, je voulais un boulot, avec un vrai salaire, pas une bourse étudiante qui maigrissait chaque année.

J’ai donc décidé d’arrêter là mes études supérieures et de me pointer à l’ANPE avec mon projet en tête : devenir bibliothécaire.*

****

Amertume…

Voilà pour ce qui est de mes études et des mauvais choix que j’ai pu faire.

J’en veux particulièrement aux profs avec leurs idées préconçues : quand un bon élève veut intégrer un lycée pro pour aller au bout de son projet, pourquoi l’en dissuader ? Au final ça m’a menée à quoi, moi, la bonne élève, de suivre une filière générale puis de m’embourber dans des études longues ? Eh bien ça m’a menée à 10 années durant lesquelles j’ai galéré à enchaîner les périodes de chômage — rémunérées ou non —, les CDD de caissière à mi-temps et les formations pro qui ne faisaient pas de miracle !

Alors merci la prof principale de 3e !

lisa.gif

Et côté profs de fac, c’est guère mieux : combien de fois, en cours d’allemand, j’ai entendu la prof nous sortir « de toute façon, quand vous passerez le CAPES… » (le CAPES, c’est pour être prof). Pas « si vos passez le CAPES », mais « quand vous passerez le CAPES » ! Donc en gros, on veut forcément tous être profs sous prétexte qu’on fait une fac de langues. Pas d’autres débouchés, alors ? Tant pis…

Enfin, je suis persuadée que j’aurais pu suivre une filière scientifique si les cours avaient été plus intéressants, et donc, trouver des débouchés dans le supérieur beaucoup plus en lien avec du pratique et non du théorique, et avec plusieurs de mes centres d’intérêts, à savoir les animaux, l’astronomie, la préhistoire (qui mêle histoire et science)…

Après tout, j’avais une bonne moyenne en maths (malgré le manque d’intérêt que je portais à cette matière, sauf concernant les équations, ne me demandez pas pourquoi) et en SVT ; il n’y avait qu’en physique-chimie que j’étais une bille, mais en même temps, comment voulez-vous que ça m’intéresse de savoir calculer avec quelle force Roberto tape dans un clou avec son marteau ? (je vous jure que c’était une des questions qu’on a eues au bac, parce que bien entendu, sur les 3 matières — maths, SVT et physique –, c’est celle qu’on ne voulait pas qui a été tirée au sort…). Roberto lui-même s’en contrefout, du moment que son clou s’enfonce facilement dans la charpente !

homer-clou.gif
L’important étant de ne pas faire comme ça…

Aujourd’hui, en tant que passionnée d’astronomie, je me dis souvent que si les cours de physique-chimie avaient porté sur le Big Bang avec l’apparition des atomes et compagnie, ou sur les théories d’Einstein (compliquées mais tellement intéressantes), je me serais forcément plus investie dans cette matière, et je suis persuadée que mes notes auraient été meilleures !

Malheureusement en France on est très fort pour démotiver les élèves et les tirer vers le bas, ou pour mal les orienter…

Si on me demandait aujourd’hui, avec le recul, quel métier j’aurais rêvé de faire, sans tenir compte de certaines contraintes comme la distance ou les conditions d’accès difficiles, je répondrais sans hésiter : paléontologue.


*Dans un prochain épisode, je vous raconterai la suite de mes mésaventures une fois sortie des études…

 

 

 

 

 

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18 commentaires sur “Savoir s’orienter, c’est tout un art !

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    1. en fait, à quel moment on choisit vraiment ce qu’on veut faire ? Chaque fois les autres cherchent à nous influencer, comme ma prof principale en 3e pour mon choix de lycée, puis la prof de fac avec son CAPES à la con, les conseillers de chez Popôle qui nous poussent à accepter n’importe quoi…
      ça ferait un bon sujet de bac de philo ça : l’humain est-il vraiment libre de ses choix de vie ?

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  1. Tu résumes tout… J’ai l’impression qu’en plus le mauvais choix déjà c’est la filière générale, ensuite le Littéraire (alors que c’est l’épanouissement pour nous…)… Et cette université qui n’apporte rien…

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    1. J’ai toujours été aigrie de constater que beaucoup d’élèves « en difficulté » au collège, encouragés, eux, à suivre une filière pro, s’en étaient sortis mieux que moi par la suite ! Il est vraiment temps qu’en France on arrête de sacraliser nos foutues facs qui ne mènent à rien, au détriment des études professionnelles !

      Aimé par 1 personne

      1. Déjà j’aurai eu le Bac STAV qui ouvre le droit à s’installer, puis le BTS PA et la Licence Pro… mais non, j’ai un Bac L avec mention AB, une Licence en Sciences Sociales… génial…

        Aimé par 1 personne

      2. Perso j’aurais aimé qu’on m’aide plus, dès le collège, à m’orienter en me posant des questions pour cibler mes centres d’intérêts et mes capacités… Franchement, quand on est conseillère d’orientation ou même prof, pas besoin d’avoir fait Normal Sup et l’ENA pour savoir qu’une élève qui a de bons résultats en français, notamment en rédaction et orthographe, et qui adore bouquiner, pourrait percer dans les métiers du livre et de l’édition. Mais ça, personne n’a jamais été foutu de me le dire ! Tout ce qu’on m’a seriné c’est « faut faire une filière générale, faut faire des études longues gnagnagna » oui mais quelles études, et pour faire quoi ???

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      3. Pour faire prof…
        Mais c’est trompeur. Regarde, j’aime bouquiner, j’étais une grosse dévoreuse de livres et pourtant le travail dans une bibliothèque, un bureau, et avec des gens en général ne me va pas du tout. Je suis bien tranquillement avec mes animaux.

        Aimé par 2 personnes

  2. « quand vous passerez le CAPES » => J’y avais droit aussi en LEA Anglais-Espagnol ! Et le fait est que la majorité s’est orientée en FLE (Français Langue Étrangère donc prof) effectivement. Les autres en commerce et deux personnes dont moi-même en traduction !
    Je regrette aussi beaucoup de mes choix, même s’ils m’ont été imposés pour la majorité, c’est triste de voir à quel point il est difficile voir impossible de faire machine arrière par la suite.

    Aimé par 1 personne

    1. FLE ça me rappelle des souvenirs… Dans mon groupe aussi ils avaient presque tous choisi cette mention-là, alors que moi j’avais pris documentation (j’étais la seule germaniste à avoir choisi ça)…

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