J’ai lu… « Au bonheur des fautes » de Muriel Gilbert

J’ai fini hier soir un livre que j’ai adoré de la 1re à la dernière page. Il s’agit de Au Bonheur des Fautes de Muriel Gilbert (éditions France Loisirs).

J’ai décidé de vous en parler ici car ce livre est particulier pour moi.

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C’est qui cette Muriel Gilbert ?

Muriel Gilbert, c’est elle :

murielgilbert
Source : leparisien.fr

Après avoir été chroniqueuse dans un magazine, puis rédactrice pour une agence de pub, rédac chef adjointe d’une publication Internet, etc., elle est devenue correctrice au journal Le Monde, métier qu’elle exerce toujours aujourd’hui. Elle est aussi l’auteure de plusieurs autres ouvrages.

Autant vous dire que les mots, c’est son dada !

Je ne m’attarde pas plus que ça sur sa biographie, je vous laisse découvrir son site dans lequel elle parle d’elle-même avec son style empreint d’humour.

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Et son bouquin, là, il parle de quoi au juste ?

Au Bonheur des Fautes (Confessions d’une dompteuse de mots), c’est une immersion dans le cassetin, fief des correcteurs d’un journal.

L’auteure y explique, non sans humour, comment travaillent les correcteurs du Monde, et à quelles difficultés ils sont confrontés dans l’exercice de leurs fonctions (le bouclage d’articles de dernière minute, les contraintes de place — « C’est indispensable les guillemets ? Parce que si on les met, ça ne passe plus sur une ligne… », les mots et règles d’orthographe ou de grammaire sur lesquels on bute forcément — le pluriel de chef d’œuvre, c’est quoi déjà ?, l’incertitude des rédacteurs face aux corrections indiquées — « Pourquoi t’as corrigé « exiguës » ? T’es sûre que le tréma se met bien là ? Non parce que dans la circulaire ils mettent le tréma sur le u… » etc.).

Elle en profite pour jalonner son texte de rappels sur certaines règles pointues de la langue française qui font douter même les plus maniaques d’entre nous (les accords des adjectifs de couleurs, les homonymes, les règles de typographie…).

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Pourquoi ce livre a une portée particulière pour moi ?

Si vous êtes plus ou moins au courant du métier que j’exerce (rappel ici), vous avez déjà un élément de réponse à cette question. Comme Muriel Gilbert, le monde des mots, c’est mon dada.

De profil littéraire, j’ai toujours adoré bouquiner, ce qui m’a valu, grâce à ma mémoire visuelle, de garder dans un coin de mon cerveau les bizarreries de notre orthographe et autres plaisanteries grammaticales.

phoebe
Couï couï couï !

Aussi, quand il y a une faute dans un texte, un détecteur se met en marche dans ma tête et me dit : « ya un truc pas normal là-dedans ! ». Et j’avoue que j’adore trouver des fautes, des erreurs de ponctuations, des inversions de mots… (#DimancheConfession : plus la faute est énorme, plus je me régale ! C’est beaucoup plus jouissif de corriger la terminaison dans « les agents à temps non complet bénéficie également de ces congés… » que de rajouter l’espace manquante avant un point virgule…).

Donc, vous l’aurez compris : je suis une maniaque de l’orthographe, et ça tombe bien, puisque relectures et corrections qui s’en suivent sont l’une de mes principales tâches en tant qu’assistante d’édition au sein de l’entreprise bancale dans laquelle je travaille.

D’ailleurs, quand Muriel Gilbert explique que :

  • « Le calvaire du correcteur, c’est son incapacité à se débrancher. Quand il y a une faute quelque part, et que je ne peux pas la corriger, eh bien ça m’énerve. […] Je souffre d’une intolérance proche de zéro face aux fautes imprimées dans les livres, sur les panneaux, les plaques de rues et dans les journaux » (p. 166),
  • « Un article trop intéressant, trop bien écrit, et hop, […] voilà [le correcteur] qui se régale, se passionne, dévore le fond, bref devient bon public. C’est le piège. Quand le correcteur se laisse aller à devenir lecteur, il risque d’en oublier les désaccords du participe passé.
    À l’inverse, […] il m’arrive régulièrement de corriger parfaitement un article à toute vitesse […] et d’être incapable de dire cinq minutes après de quoi il traitait » (p. 95),
  • « […] deux mille signes sans la moindre faute, et voilà le correcteur qui désespère : ce grand truffier sensible a besoin pour rester motivé de dénicher une truffe de temps en temps » (p. 97),
  • etc.,

je me reconnais tellement en elle !

Exemple pour le cas n° 1 : à l’entrée de l’immeuble où j’habitais avant, l’office HLM avait apposé un écriteau pour que les gens arrêtent de s’acharner sur la pauvre porte d’entrée automatique, qui de ce fait se retrouvait sans cesse en panne, laissant l’immeuble ouvert tel un moulin (et quand on a une idée du quartier où se trouve cet immeuble, ce n’est pas très rassurant…). Cet écriteau disait :

« PORTE AUTOMATIQUE. VEUILLEZ À NE PAS LA POUSSER OU LA TIRER. »

eyesChaque fois que je passais cette foutue porte, j’en avais mal aux yeux. Cet écriteau constituait pour moi une agression visuelle, et ma main gauche me démangeait : je voulais corriger la faute, il fallait que je le fasse.

J’ai bien tenté de le faire avec le modeste stylo bille que j’ai toujours dans ma poche, mais allez écrire avec un tel outil sur une feuille plastifiée, vous… Même en appuyant comme une malade, ma correction se distinguait à peine ! J’ai donc pensé, un matin, à remplacer mon stylo par un marqueur indélébile, et ce jour-là, je me suis fait plaisir ! J’ai triomphé du manque de vigilance (ou de maîtrise de la langue) de l’auteur(e) de cette phrase : j’ai rayé le mot incriminé et j’ai écrit au-dessus, et en majuscules moi aussi :

« VEILLEZ »

Certains me diront « pfff tu t’es fait chier pour rien, tout le monde s’en fout de l’orthographe ». Même si je suis bien malheureusement d’accord avec ça, je suis rassurée de constater que ma croisade contre les fautes n’est pas toujours vaine : en effet, quelques jours après ma correction, l’écriteau a été remplacé, tenant compte de mon coup de marqueur !

****

J’aimerais être comme Muriel Gilbert…

… bref exercer, comme elle, le métier de correctrice !

Car oui, je fais déjà des relectures et des corrections dans mon job actuel, mais je le fais à la « one again a bistoufly » : je ne suis pas isolée dans un cassetin, je suis dans mon bureau, sans cesse dérangée pour des broutilles (« tu mettras la loi en page d’accueil du site ? » ; « la couv je la trouve trop moche ! » — et alors ? Ce n’est pas moi qui l’ai faite ! Et quand personne ne déboule dans mon bureau, c’est le téléphone qui sonne : « C’est toi qui a validé une veille à 10h23 ? » Ben non sinon je te l’aurais dit ; « C’était pour te dire que j’avais des nouveaux modèles à mettre en ligne… » Et tu pouvais pas me le dire par mail, tu sais, cet instrument de communication DISCRET et SILENCIEUX ?), ou obligée de m’interrompre pour accomplir mes autres tâches (administrer le site Internet, lister les veilles pour la newsletter, trouver une image pour le dossier, etc.), ou d’aller fureter sur le net pour trouver un site fiable concernant une règle orthographique ou grammaticale pour laquelle j’ai un doute (en général, larousse.fr est ma référence). Parce qu’il faut savoir que je ne suis équipée d’aucun dictionnaire, donc pour faire mon travail de correctrice, je dois me vérifier en allant sur la toile. Autant vous dire que j’évite Wiki… et consorts, et que je me méfie beaucoup des forums où l’on trouve tout et son contraire ! Déjà que les dicos de référence eux-mêmes se contredisent parfois…

De plus, je n’utilise jamais les fameux signes connus de tous les correcteurs (et dont Muriel Gilbert parle à la p. 48 de son livre) : par exemple, quand une espace manque dans « le maire convoque leconseil municipal », je me contente d’inscrire un truc ressemblant à ça : ⌊⌋ au lieu de faire l’espèce de petite « antenne râteau » que connaissent bien les professionnels de la correction. Si j’inscrivais ce petit signe en marge des documents que je relis, j’aurais vite droit à une énième irruption dans mon bureau (et interruption dans mon travail) : « Euh, c’est quoi le bidule que t’as marqué, là ??? »

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Vous la voyez, la petite antenne râteau, dans « espaces à ajouter » ? (source : http://paris.blog.lemonde.fr/2007/05/21/typographie-les-signes-de-la-correction/)

Et si jamais j’osais dire un jour « une espace » devant les collègues, tout le monde prendrait ça pour un lapsus, alors que oui, espace, dans le sens « caractère d’imprimerie », c’est féminin ! Mais allez expliquer ça à des rédacteurs juridiques habitués à parcourir des textes officiels bourrés de fautes et de coquilles, pour qui la langue française est juste un support pour communiquer sur le droit, et que des répétitions telles que « La procédure de notation des agents consiste a les évaluer selon une procédure… » ne choquent pas, de même une phrase de 5 lignes pleine de compléments mais sans une seule virgule.

Donc oui, j’aimerais vraiment exercer mon métier dans les conditions qui lui sont propres, et j’aimerais tellement me sentir moins seule à mon poste, avoir un collègue correcteur avec qui me demander si jurisprudence peut se mettre au pluriel ou non, pourquoi landau fait son pluriel en s et non en x, quel est le meilleur synonyme pour légiférer dans telle phrase…

Tout cela me ramène au fait que je veux quitter la boîte où je bosse : je m’y sens de moins en moins à ma place, j’en ai marre de ne pas pouvoir exercer mon métier dans de bonnes conditions, que certaines de mes corrections, ô sacrilège, soient remises en cause (le coup du tréma dans « exiguës », c’est du vécu), et puis je veux un métier qui soit beaucoup plus centré sur l’assistanat de rédaction, et notamment sur la correction, parce que faire des tableaux sous Word et vérifier les chiffres de la FPT, ça je n’en veux plus.

En fait, le métier idéal pour moi, ce serait correctrice, mais bon…

5 commentaires sur “J’ai lu… « Au bonheur des fautes » de Muriel Gilbert

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  1. J’ai adoré ton texte. C’est ce que j’aimerais faire aussi comme métier. Et je corrige souvent des erreurs sur des affiches qu’on remarque à peine. Merci pour la présentation du livre. C’est vendu. Je vais le chercher et le lire. Bonne journée!

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