Wesh mademoiselle !…

… vous êtes charmante, sans mentir ! Vous avez pas un 06 ?

Bon bien sûr il existe des variantes, mais on peut dire que nous sommes nombreuses à avoir déjà été abordées dans la rue/les transports/les parcs publics de cette manière, n’est-ce pas ?

La véritable question que je me pose aujourd’hui à ce sujet est : où commence et où s’arrête le harcèlement de rue, ces 3 mots qui sont sur toutes les bouches en ce moment, en particulier celles de nos gouvernants qui réfléchissent à un projet de loi visant à réprimer ces pratiques* ?

Je considère, personnellement, qu’il y a harcèlement à partir du moment où la personne éconduite insiste lourdement, ou se met à insulter gratuitement parce que ça ne lui plaît pas qu’on ne lui réponde pas ou qu’on lui dise non, ou pire encore : se met à suivre sa « proie »…

Et ça me fait un peu bizarre d’écrire ça car je réalise que du coup, quand j’étais plus jeune, j’ai été moi aussi victime de harcèlement de rue selon mes propres critères :

le relou qui insiste : en sortant de la Caf, un gars un jour à qui j’avais dit que j’avais déjà un copain avait insisté pour qu’on se revoie quand même, j’avais alors fini par lui refiler un faux numéro et prétexter que j’étais hyper pressée pour partir et qu’il me lâche la grappe…

le pot de colle qui suit : j’étais étudiante, j’allais de la gare à ma fac ; un gars qui faisait semblant d’être américain avait prétexté une demande de renseignement pour me draguer (j’avais tout de suite capté le mensonge vu le faux accent pourri du gars) ; il commençait à me suivre sur le trottoir… J’avais fini par m’énerver et lui sortir « Leave me alone, Baldie ! » (le gars étant chauve). Preuve qu’il n’était pas un vrai anglophone car il n’avait pas eu l’air de comprendre et était resté planté là comme un con… Je pense qu’un chauve anglophone se serait vexé un minimum si il avait pigé ma phrase…

le connard qui insulte pour pas perdre la face devant ses potes : enceinte de 9 mois, j’allais au labo à pied pour chercher des résultats d’analyse ; là un gars m’avait abordée, faut voir comment : « j’ai une belle voiture, une belle maison, plein d’argent, il me manque plus qu’une belle femme comme toi… » (donc tu crois que m’appâter avec ton soi-disant fric ça va marcher ?) En plus j’étais déjà énervée ce jour-là, le gars je lui avais répondu qu’il avait pas de figure d’oser draguer une femme enceinte de 9 mois en se vantant avec son pognon ; il m’avait répondu d’aller me faire foutre, ce à quoi je lui avais répliqué « mais après toi, je t’en prie ! »…

Je ne me souviens pas d’autres cas comme ceux-là, je ne compte pas la drague « simple », le gars qui t’aborde pour te demander si t’as une clope et qui en profite pour te dire que t’es charmante, celui qui te dis que t’as un joli sourire, celui qui fait la commission pour son pote qui est trop timide pour venir t’aborder directement… Ceux-là ne me dérangent pas trop, car ils n’insistent pas : ils tentent le coup, c’est non, ils laissent tomber et ne ressentent pas le besoin de m’insulter pour jouer les coqs devant leurs potes.

 

Tout de suite les grands mots…

Je vais d’ailleurs peut-être faire bondir certaines lectrices ou certains lecteurs, mais je trouve même que se faire draguer de cette façon est plutôt flatteur ; avant de me destiner au bûcher, essayez de me comprendre : en effet, au collège, j’avais subi tellement de moqueries sur mon physique (mon acné, mes cheveux gras, mes fringues, ma coiffure naze, tout y passait !), que j’avais perdu toute confiance en moi, surtout concernant mon apparence ; du coup, par la suite, quand j’étais au lycée puis à la fac, j’étais contente de constater que des mecs (pas forcément moches en plus) m’abordaient dans la rue pour me dire qu’ils me trouvaient mignonne… Je réalisais que finalement j’avais une apparence humaine !

« Ben et moi, je pue ? » Bon, c’est de L’HUMOUR, hein ! (source : bonpourlatete.com)

Bref, tout ceci n’est que considérations à titre personnel. Maintenant, à titre plus général, je trouve que l’idée de pondre une loi pour lutter contre le harcèlement de rue est bonne en soi, mais qu’il va falloir faire trèèèèèèèèèèèèès attention aux limites qu’elle voudra poser et à la manière de la mettre en œuvre sur le terrain.

Gare aux limites !

Je ne sais pas si ma définition à moi du harcèlement de rue sera plus ou moins la même que celle de la future loi en question, mais quand bien même, il va falloir que cette notion soit définie de manière ultra précise : devra-t-on en effet considérer qu’un gars qui aborde une nana pour lui demander du feu et lui glisser un « vous êtes charmante » est un cas de harcèlement de rue ? Ou accuser de tels faits un mec qui siffle une fille dans un parc public sans que ça aille plus loin ? (y ayant eu droit, je ne dis pas que je cautionne ceux qui font ça, je trouve que c’est tout sauf élégant, mais de là à parler de harcèlement, si le mec ne le fait qu’une fois…). De même, un type qui dit tout haut à ses potes « elle est mignonne elle ! » au sujet d’une jolie femme qui passe devant eux, sera-t-il accusé d’être un harceleur de rue ? Honnêtement, on l’a tous (et toutes) fait, ça ! Avec mes copines, quand on voyait un mec mignon passer, on ne se gênait pas : « ouah il est canon lui ! », « J’en ferais bien mon 4 heures ! », etc. Étions-nous des harceleuses pour autant ? Je ne pense pas… Au pire le mec ne nous entendait pas (ou faisait semblant de ne pas nous entendre), au mieux il nous souriait et basta ! Il ne partait pas en courant au commissariat pour porter plainte contre nous…

Source : pinterest

Donc j’espère que la loi définira très clairement ce qu’est du harcèlement de rue, et ce sans tomber dans l’extrême inverse, car comme vous la savez, on tend de plus en plus vers une société du politiquement correct, dans laquelle on ne peut plus rien dire ou rien faire sans se retrouver avec des assoc’ sur le dos, ou une plainte… Il ne faudrait pas qu’un simple regard ou un simple « bonjour » deviennent prétextes à des accusations abusives de harcèlement, par exemple…

Ce que je crains également par rapport à cette future loi, c’est que certaines personnes malveillantes en profitent pour accuser à tort et à travers des gens innocents… Ça vous paraît dingue ? Mais pourtant, n’oublions pas qu’il existe de fausses accusations de viols (exemple ici ; et à mon avis il reste beaucoup d’accusations à tort pour lesquelles la personne mise en cause n’a pas pu prouver son innocence… Imaginez un peu à quel point une vie peut être ruinée à cause de connasses/connards qui font ça par vengeance/rancoeur/amusement) ; donc le risque de voir de fausses accusations de harcèlement de rue fleurir dans les tribunaux est réel ! Et pour que l’accusé prouve son innocence, ce sera la croix et la bannière, à moins d’avoir un alibi en béton… Si le gars, au moment des faits, était juste tranquillement chez lui, tout seul, à regarder Le meilleur pâtissier sur M6, comment pourra-t-il le prouver face à une horde de féministes enragé(e)s ? Et surtout face à la pression exercée par cette société d’aujourd’hui où le moindre geste, la moindre parole, peuvent prendre des proportions inimaginables ?

 

Comment faire appliquer une telle loi ?

Un autre problème qui se pose concernant cette loi, c’est la façon de la faire appliquer sur le terrain… Mettre des flics à tous les coins de rue ? Ce n’est déjà pas le cas aujourd’hui pour prévenir les vols à l’arrachée et agressions, alors vous pensez bien que l’État et les communes ne vont pas mobiliser autant de policiers pour surveiller les moindres faits et gestes des citoyens… Et puis, les harceleurs ne sont pas cons (même si des fois on se demande) : si ils voient des flics patrouiller dans les parages, ils ne vont pas suivre une nana ou l’insulter sous leurs nez ; ils attendront sagement de ne pas voir de forces de l’ordre dans le coin pour agir ! Après il reste la solution des flics en civil, mais là encore se pose le problème des effectifs…

Autre solution : la vidéoprotection, mais une fois de plus, il faudrait coller des caméras à tous les coins de rues, même dans des endroits isolés…

Source : elueslocales.fr

Non seulement je pense que les communes n’ont pas les moyens de faire ça, surtout s’il faut remplacer tous les mois des caméras qui seront inévitablement vandalisées dans les coins les plus craignos, mais les « pro-libertés individuelles » n’ont pas fini de s’insurger contre l’omniprésence de Big Brother dans nos villes… Moi personnellement, la présence de caméras de surveillance dans la rue ne me dérange pas, au contraire, je me sens plus en sécurité dans les lieux surveillés car je sais que si je me fais agresser ou voler mon sac à l’arrachée, avec cette vidéoprotection les flics auront plus de chances de retrouver le fils de pute qui m’aura fait ça.

Source : pausecafein.fr

Je vois d’ici les pro-liberté me montrer du doigt en me traitant de mouton. Eh ben je m’en tape, chacun ses opinions ! Moi je n’oublie pas que cette liberté qui leur est si chère c’est aussi la liberté pour les racailles de faire ce qu’elles veulent sans être jamais inquiétées ! Allez donc habiter dans un quartier comme le mien et vous changerez de discours !

Donc, si on ne peut pas compter sur la présence de flics ou de caméras de surveillance, ça va se passer comment ? Ça sera la parole de la présumée harcelée contre celle du présumé harceleur ? On va se retrouver inévitablement avec des cas d’accusations mensongères… Ou de délit de faciès (la petite bourgeoise tirée à 4 épingles qui accuse l’arabe-chômeur, mmm… je me demande bien, si c’est la parole de la demoiselle contre celle du monsieur, quel sera le verdict…), ou alors, inversement, la peur du délit de faciès, et donc la relaxe d’un harceleur « parce qu’on veut pas se faire traiter de fachos qui accusent un mec typé » ?

****

Enfin bref, même si le fait de sortir une loi, un écrit officiel, qui permettra de réprimer le harcèlement de rue, est une très bonne chose, je reste sceptique quant aux abus que ça va entraîner…

Et je dirai, pour finir cette longue litanie, que j’espère bien que cette loi s’appliquera à TOUT LE MONDE SANS EXCEPTION, c’est-à-dire aussi bien aux femmes qu’aux hommes, aux homos qu’aux hétéros, etc. car il est vrai que j’ai essentiellement parlé, dans ce post, du cas où un homme aborde une femme, mais c’est parce que je me suis basée sur mon expérience personnelle, cela ne veut en aucun cas dire que je considère que seuls des hommes peuvent être coupables de tels actes.


* Cette loi, prévue pour 2018, ne concernera pas que le harcèlement de rue, mais aussi les violences sexuelles. Plus d’infos sur lemonde.fr.

7 commentaires sur “Wesh mademoiselle !…

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  1. Un jour viendra où même poster un commentaire sur un blog deviendra suspect de harcèlement^^

    On aura beau pondre 10, 100 ou 1000 lois, si elles ne sont pas appliquées, elles couteront cher pour rien!!

    Aimé par 1 personne

    1. C’est sûr, parce qu’on est champion en France pour pondre des lois mais ne pas les faire appliquer sur le terrain (ou alors les faire appliquer qu’à certaines catégories de la population…) !

      C’est pas faux ce que tu dis pour le commentaire de blog, d’autant que c’est écrit donc facile pour la « victime » de garder le commentaire pour le montrer aux flics…

      J’aime

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