Ces expressions qui fâchent

Le 21e siècle sera le siècle du politiquement correct
ou ne sera pas…

Aujourd’hui, on ne peut plus appeler un chat un chat. Que faut-il dire alors ? « Un félin domestique de petite taille répondant souvent au doux nom de Mistrigri » ?

Source : pasidupes.blogspot.fr

Vous n’avez pas l’impression, vous aussi, que depuis une grosse dizaine d’années, on ne peut plus rien dire de cash, même au nom de l’humour, sans se faire taxer de raciste, de moqueur, de sectaire, d’extrémiste ou d’irrespectueux ?

En effet, il existe plusieurs cas différents dans lesquels on n’a plus le droit de prononcer LE terme incriminé, par exemple :

I. – Le cas des termes devenus péjoratifs à cause d’une poignée de cons

L’autre soir, désespérée que j’étais par la pauvreté et la nullité des programmes télé, je zappais de chaîne en chaîne, dans l’espoir de tomber par hasard sur une bonne vieille rediff de Sex and the city ou du Prince de Bel’Air. J’en étais à arpenter les tréfonds des chaînes de ma box quand je tombai sur une émission américaine idiote énumérant des cas de morts à la con sur une chaîne dont je ne connais pas le nom (vous savez, une de ces chaînes dont vous ne soupçonniez même pas l’existence dans votre abonnement avant de tomber dessus un soir comme celui-ci).

La voix off de l’émission (ou plutôt son pendant français qui parlait par-dessus) s’est mise à évoquer la mort d’un catcheur nain bourré qui s’est détruit le cerveau en mettant des coups de tête dans les murs de l’hôtel où lui et son pote avaient emmené 2 pétasses pour leur faire leur fête.

Tout le long de cette séquence, les doubleurs français des témoins et spécialistes ne faisaient que répéter « personne de petite taille » comme une litanie… Et je me disais « mais c’est bon, dites ‘nain’, ça va plus vite ! »… C’est vrai franchement, ya qu’à la télé qu’on entend ça, ne me dites pas que chez vous, quand vous évoquez les protagonistes de l’émission Fort Boyard (que ce soit pour exprimer votre regret face à l’homosexualité avérée du sexy Olivier Minne, ou pour vous demander d’un air soupçonneux ce que font le Père Fouras et Félindra hors caméra), vous parlez de Passe-Partout et de Passe-Temps comme des « personnes de petite taille du Fort » !

Je peux comprendre que, ce terme ayant été utilisé de manière péjorative par des cons, les personnes concernées ne souhaitent plus être désignées comme « nains », mais étymologiquement, le mot « nain » vient du grec « nanos » qui signifie « petit », et non pas « gnome malfaisant » ou « être ridicule en terre cuite que les vieux mettent dans leurs jardins » !

friends-chandlerblablaJe sais que certains « bien pensants » ramèneront volontiers leurs fraises pour me dire « oui mais toi t’es pas à leur place, tu peux pas comprendre ce qu’ils endurent à se faire traiter de nains, gnagnagna… » Ah mais c’est sûr que je ne peux pas imaginer ce qu’ils ressentent car je ne suis pas moi-même une « personne de petite taille », et je sais que les moqueries dont je fus victime au collège (à cause de mon acné, de mes cheveux gras, de mes gros pulls difformes pour cacher mes fesses en cas de débordement menstruel etc.) ne sont pas comparables aux railleries que subissent les gens comme eux au quotidien (même si ça donne une petite idée — se prendre des réflexions par une bande d’abrutis à cause de problèmes physiques indépendants de notre volonté, ça fait toujours mal quelles que soient les circonstances) ! Mais je dis juste que je trouve dommage qu’un terme anodin comme « nain », qui à la base, je le rappelle, signifie seulement « petit », ne puisse plus être utilisé aujourd’hui sans qu’il prenne une connotation moqueuse et irrespectueuse, tout ça à cause de connards qui l’ont employé à mauvais escient pour comparer les « personnes de petite taille » à des êtres moches et malfaisants ou à ces hideuses créatures qui peuplent les jardins de nos aïeux…

Du coup, au lieu d’un seul mot de 4 lettres, on se retrouve à devoir débiter une expression de 4 mots pour parler des gens atteints de nanisme… « Devine qui j’ai vu l’autre jour dans la rue ? Mimie Mathy ! » « Ah oui, la n… personne de petite taille ? »

(Ce qui me fait penser à la fausse pub des Inconnus sur les préservatifs, dans laquelle le mot tabou n’était pas prononcé ; à la place, il fallait dire « le petit capuchon de caoutchouc »… ^^)

Après ça, quelle sera la prochaine étape ? On ne dira plus « personne de petite taille », le mot « petite » étant trop réducteur, trop péjoratif ; à la place il faudra dire « personne dont la taille est légèrement inférieure si l’on considère qu’un être humain mesure en moyenne 1,75m pour les hommes et 1,63m pour les femmes » ?

Et ensuite, ce sera au tour du mot « inférieure » d’être remplacé par une périphrase ?

Avouez que ça peut aller loin comme ça !

II. – Le cas des expressions hypocrites pour ne pas dire les choses telles que tout le monde les pense

L’exemple qui me vient en tête pour illustrer ce cas-là est celui des « gens du voyage »…

À la base, cette expression ne sert pas à désigner les populations qui se déplacent en caravanes, mais le statut juridique des personnes exerçant des activités ambulantes et circulant en France sans domicile ni résidence fixe. Mais avec les années, elle est devenue le « politiquement correct » que tout le monde se doit d’employer pour désigner les nomades sans se faire taxer de racistes ou de méchants-vilains-plein-de-préjugés…

Mais franchement, quiconque voit des grosses caravanes squatter un terrain vague ou un parking ne se dit pas « tiens, des gens du voyage se sont installés, les pauvres, ils n’ont sans doute aucun endroit décent où aller… », mais plutôt : « Oh là là, encore des manouches qui viennent s’incruster, on a intérêt à planquer nos objet de valeur ! »

C’est une réaction pleine de clichés, car le terme « manouche », qui désigne uniquement une partie des gens du voyage, est aujourd’hui devenu extrêmement péjoratif (on imagine des gens hyper bruyants qui volent dans les magasins et nous menacent au couteau si on ose dire quelque chose), et tous les gens du voyage ne sont pas des voleurs, ils sont comme les populations sédentaires, il y en a qui sont honnêtes et d’autres non — ben oui, chez nous aussi il y a des voleurs, et qui ne se contentent pas de menus larcins, eux (n’est-ce pas Messieurs-Dames Fillon et Balkany ???)…

Mais c’est la réaction que nous avons tous (allez, avouez-le !).

Source : nacinovicnadine.com

Bref, cette expression de « gens du voyage » est le reflet de l’hypocrisie de notre société, même s’il est vrai que pour être vraiment corrects il faudrait désigner ces personnes, selon les populations, comme « gitans », « roms », « manouches » ou « tsiganes », mais pour cela, encore faudrait-il être capable de les différencier…

Et puis, « gens du voyage », je trouve cette expression inadaptée… Pour moi, des gens qui voyagent, c’est plus le couple de retraités friqués qui passe son temps en croisière ou en séjour dans des îles paradisiaques, que des gens qui vivent dans des caravanes et se font chasser de partout !

Bref !

III. – Le cas des expressions qui ont fini par perdre leur sens premier à trop se généraliser

L’expression qui me vient en tête ici est « cas sociaux », ou « cassos ». Ah, les cassos, ces dernières années, ils en font couler de l’encre, ils en font user de la salive de politicards…

Selon le site linternaute.com, ces termes désignent à la base « une situation très difficile d’un individu ou d’une famille pouvant entraîner des risques d’exclusion sociale et nécessitant une prise en charge par la société ». Ils peuvent également désigner directement ces personnes.

Donc, nous l’aurons tous compris, un cas social, normalement, c’est une personne qui a de graves problèmes sociaux. Cela peut aussi bien désigner une personne qui se retrouve orpheline ou pupille de la nation, qu’une personne qui a connu de graves problèmes familiaux ou de couple et de ce fait se retrouve seule avec des ressources insuffisantes pour vivre, etc.

Mais aujourd’hui, les cons braves-français-qui-eux-au-moins-se-lèvent-tous-les-matins-pour-aller-bosser emploient cette expression pour désigner toute personne qui ne travaille pas (quelle qu’en soit la raison), qui ne rentre pas dans ce moule où eux se sont coulés depuis bien longtemps.

C’est vraiment déplorable qu’on en soit arrivés là, car ces termes sont du coup extrêmement péjoratifs, aussi bien pour les gens concernés par le sens premier de l’expression « cas social », que pour des gens qui se sont retrouvés au chômage pour des raisons indépendantes de leur volonté mais qui cherchent à se sortir de cette situation malheureuse…

J’emploie moi-même cette expression de manière péjorative, je l’avoue (eh oui les bien-pensants, je suis une vilaine-méchante-pleine-de-préjugés-gnagna-allez-tous-vous-faire-mettre), mais pour moi elle désigne les gens qui vivent des aides sociales mais ne font ABSOLUMENT AUCUN EFFORT POUR CHANGER CELA ; cela concerne aussi bien :

  • ceux qui passent leur temps à zoner et à picoler au lieu de chercher un boulot.
    Exemple : j’en ai déjà parlé plusieurs fois dans ce blog, j’habite dans un quartier pourri près d’un parc. Or, ce parc est squatté JOUR ET NUIT par des traîne-savates, qui ne foutent absolument rien d’autre de leur temps que d’user les bancs de ce parc et le dégueulasser à laisser traîner leurs canettes de bière vides, sachant qu’il y a pourtant ce qu’il faut comme poubelles ! Ces connards, non contents de couper l’envie à toute personne d’aller dans ce parc qui pourtant à la base était joli et agréable, empêchent tout le quartier de dormir car ils y passent les nuits à discuter, éclater de rire, chanter, écouter de la musique à fond, et parfois même se prendre la tête en gueulant comme des veaux. Et bien sûr, quand on invective Mossieur le Maire pour qu’il agisse, par exemple en interdisant l’accès du parc la nuit, y installant pour cela des grillages plus hauts, celui-ci renvoie la balle à la police nationale… Ben voyons ! Pour faire le beau aux matches de rugby ou aux inaugurations d’expo artistiques pour bobos, il est là, mais pour veiller à la tranquillité des administrés habitant les quartiers « populaires », ya plus personne !

    Il est agréable ce parc quand il est propre, malheureusement il est jamais propre…
  • ceux qui passent leurs aides dans les clopes et l’alcool et viennent ensuite chialer qu’ils n’ont pas assez pour payer 2 euros une sortie scolaire pour leurs gosses (véridique, c’est l’ancien directeur de l’école de ma fille qui nous l’avait dit). En gros, ceux-là font passer leurs sales addictions et leurs petites personnes avant leurs gosses. Et ils s’imaginent quoi ? Qu’on va raquer à leur place ?!
  • ceux qui ont plein de gosses mais ne les assument pas : exemple flagrant des bonnes femmes qui restent au portail de l’école le matin à papoter jusqu’à 10h avec leurs copines, et que j’entends ensuite râler que « oh làlà la cantine et la garderie ça revient cher hein » sauf qu’elles ne bossent pas et que rien ne les oblige à mettre leurs gosses à la cantoche ou à la garderie, sinon la volonté de se débarrasser d’eux pour avoir leur journée de libre pour regarder les soaps à la télé. Je précise d’ailleurs qu’avec les tarifs sociaux dont elles bénéficient, la cantine et la garderie ne sont pas si chères que ça, faut arrêter les violons au bout d’un moment. Ces mêmes personnes qui se précipitent à l’ouverture des inscriptions aux centres aérés pour avoir les meilleures places pour leurs gosses (bah oui, quitte à s’en débarrasser pour pas les avoir dans les pattes pendant les vacances, autant avoir des horaires qui dérangent pas ces pauvres gens hein !), tandis que ma collègue, qui du fait de ses horaires de boulot n’a pas pu venir aussi tôt, n’avait plus de place dans l’un de ces centres pour sa fille, alors qu’elle, elle n’a pas le choix pendant les vacances pour faire garder ses gosses…

Voilà, pour moi c’est ça des « cassos », ce n’est certainement pas la personne au chômage qui passe des heures sur les sites d’emplois, qui multiplie les candidatures, qui finit par se résigner à accepter des petits CDD de jobs de merde à mi-temps histoire de mettre un peu de beurre dans les épinards, ou même juste pour se sentir « exister » (ou encore juste pour ne plus être catégorisée de « cassos » par des cons…). Le pire, c’est que cette personne va être fliquée par Pôle emploi ou la Caf, malgré toutes ses démarches. Par contre, ceux dont j’ai parlé plus haut ne doivent pas voir souvent de conseillers qui les envoient en ateliers bidons, ou qui vérifient si ils ont bien postulé à cette offre qui correspond à leurs profils…

****

Source : pinterest.com

Il y aurait d’autres cas d’expressions, politiquement correctes ou non, qui sont employées aujourd’hui à plus ou moins bon escient (« non-voyant » et non pas « aveugle », « senior » et non pas « vieux », « jeunes délinquants » et non pas « petits cons qui foutent la merde »,  « enfant hyperactif » et non pas « morveux mal élevé et insupportable » etc.). Dans certains cas, je comprends tout à fait qu’il ne faille plus employer de telles expressions, car elles sont parfois fausses (dire « les arabes » pour désigner toute personne parlant arabe ou ayant des origines de pays où l’arabe est la langue officielle, c’est complètement idiot), parfois péjoratives (il est logique que les obèses n’aiment pas qu’on les traite de « gros »), parfois généralisantes à tort (ce n’est pas parce qu’on défend l’égalité hommes-femmes qu’on est forcément une « féministe aigrie et hystérique »)…

Mais il ne faut pas tomber non plus dans l’hypocrisie extrême ou dans l’effet inverse, à savoir mettre dans le même sac étiqueté « intolérants » toute personne qui va dire « un handicapé » au lieu de dire « une personne à mobilité réduite », ou « un clochard » au lieu de dire « une personne sans domicile fixe »… Car la personne qui prononce ces mots ne se veut pas forcément insultante ou moqueuse !

Gare à ce qu’on dit, maintenant !

8 commentaires sur “Ces expressions qui fâchent

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  1. Je t’approuve, mais alors complètement ! Je crois qu’un des exemples m’ayant le plus choquée, c’était il y a quelques années, sur un jeu en ligne, je tombe sur une armée d’autistes en train de spammer, je le dis, et là, flopée de messages privés pour me dire « non mais faut pas dire ça, Machine elle a un petit frère autiste, elle n’apprécie pas cette expression, blablabla »… ah ouais, on en est là, il faut que je modifie mes expressions pour Machine ! J’ai refusé d’abandonner cette expression et ça a fini en pugilat (que j’ai gagné, évidemment, haha).
    C’est tellement con cette mode de changer tous les termes pour faire politiquement correct ! Tout ça parce que des mots normaux sont devenus péjoratifs. Alors oui, toute langue est en évolution constante, mais à mes yeux je reste libre d’employer l’expression que je veux, quand je veux.
    J’ai envie de pouvoir qualifier une nana de pute sans avoir les féminazies sur le dos, j’ai envie de pouvoir dire « autiste » pour insulter quelqu’un, j’ai envie de pouvoir dire ce que je veux, car ces expressions sont de mon époque et point barre x.x
    (Une anecdote drôle, c’est quand une des remplaçantes de mon médecin n’arrêtait pas de dire « votre mobilité réduite » au lieu de « votre handicap » en parlant de ma maladie… à chaque fois je ricanais mais elle ne percutait pas haha)

    Aimé par 3 personnes

    1. Moi ça m’arrive de traiter quelqu’un de « mongol », franchement, c’est assez courant et je vois pas qui ça choque (sachant que celui que j’insulte se conduit forcément comme un con donc il l’a bien cherché). Mon cousin est handicapé mental, mais ça m’empêche pas (ni ma tante d’ailleurs) de traiter des têtes de noeuds d’atrophiés du cerveau ou de gogols quand on veut…

      Le problème, c’est pas ceux qui traitent les idiots de triso, d’autistes ou de mongols, mais ceux qui se moquent ouvertement des personnes qui sont atteintes de handicaps mentaux…

      Aimé par 3 personnes

      1. Et puis même si c’était le cas : les gens disent bien ce qu’ils veulent, on a tous une catégorie de personnes qui nous sort par les yeux ! Certes, ça ne justifie pas l’intolérance, mais ça veut dire que les Jean-Michel Morale peuvent bien se rhabiller avec leurs discours de tolérance, parce qu’ils ont sûrement déjà méprisé une catégorie de personnes et le font probablement encore. Qu’on laisse les gens vivre leur vie et employer les expressions qu’ils veulent sans casser l’ambiance avec des discours moralisateurs :p

        Aimé par 2 personnes

      2. Tellement vrai !
        Parmi ces Jean-Michel Morale, combien ont crié au scandale lorsque le film « à bras ouverts » est sorti, prétendant que c’était un ramassis de cliché sur les roms etc. Mais ces mêmes moralisateurs à 2 balles, accepteraient-ils de vivre à côté de ces roms qu’ils défendent si vaillamment, justement ? Je ne crois pas ! Au contraire, ils seraient les 1ers à râler et à planquer leurs vélos dans le garage et fermer la maison à double tour !
        Franchement ça me gonfle car les 1ers à monter au créneau pour un rien sont les pires hypocrites !

        Aimé par 2 personnes

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