J’ai lu… « Les enfants de la Terre » de Jean M. Auel

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de m’adonner à la critique littéraire sur Mon Bon Coin. Cette idée m’est venue comme une révélation (non je mens, en fait j’ai vu certaines de mes « amies virtuelles » le faire sur leurs blogs et ça m’a donné envie… smileys Heureux).

Bon des bouquins j’en lis quand même pas mal, et je ne m’embête pas à en rédiger une critique complète à chaque fois. Mais là, il est tout de même question d’une saga en 9 tomes, donc, étant donné que j’ai mis du temps à la lire et qu’elle a suscité chez moi un intérêt particulier, je trouve important de vous faire part ici de mon avis la concernant.

Cette saga, c’est Les enfants de la Terre de Jean M. Auel, qui se déroule pendant la préhistoire.

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L’auteure

Source : goodreads.com

Je vous passe les détails sur sa naissance, son mari, ses enfants, etc. Concentrons-nous plutôt que ce qui la rend légitime à écrire une saga sur la préhistoire : déjà, pendant ses études universitaires, elle a été membre de la Mensa (un genre d’organisation pour intellos aux gros QI). Donc c’est pas la moitié d’une conne, la meuf.smileys Simpson

Ensuite, elle ne s’est pas lancée au hasard dans l’écriture de sa saga (elle ne s’est pas réveillée un matin en se disant « tiens je vais écrire une histoire sur des hommes préhistoriques, qui auront un dinosaure comme animal de compagnie, et se déplaceront grâce à des voitures en pierres — oh wait, ça existe déjà et ça s’appelle les Pierrafeu ! ») : avant tout, elle a fait de nombreux voyages dans les sites préhistoriques qu’elle évoque dans ses romans, a appris à l’aide de spécialistes les méthodes de l’époque pour faire un feu, construire un abri, etc., a mené des études précises sur la spéléologie, la climatologie, la vie des hommes de Neandertal et de Cro-Magnon… Bref, avant d’écrire et même pendant qu’elle écrivait, elle a vraiment étudié dans le détail tous les domaines intervenant dans son histoire.

On peut donc dire que ce n’est pas la nana lambda qui fantasme sur les Feux de l’amour et décide de s’improviser écrivaine en pondant un roman d’amour insipide qui sera publié dans la collection Piment chez France Loisirs !

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L’histoire

Les enfants de la Terre, c’est l’histoire d’Ayla, Cro-Magnon qui se retrouve à l’âge probable de 5 ans livrée à elle-même suite au décès accidentel de ses proches, et erre jusqu’à être recueillie par une guérisseuse néandertalienne dont le clan passait non loin.

Malgré la désapprobation ou le doute de nombreux membres du clan, cette guérisseuse élèvera la fillette comme son propre enfant, et lui transmettra ses savoirs concernant les plantes et les remèdes qui soignent les maladies et les blessures. Mais elle lui apprendra également à se conduire en parfaite petite néandertalienne (obéir aux hommes, ne pas faire preuve de curiosité vis-à-vis des autres, etc.).

Ayla se révélera être d’une intelligence et d’une capacité d’adaptation rares, mais son cerveau de Cro-Magnon, qui est différent de celui des membres du clan, lui vaudra une attitude et des réactions qui déplairont à certains, dont notamment le fils du chef…

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Mon avis

Globalement, je dirais que cette saga fut plaisante à lire, de par son sujet original, et surtout la légitimité de l’auteure à l’écrire.

Étant passionnée de préhistoire, j’ai apprécié cette immersion totale dans une Europe en pleine période glaciaire (avec un petit clin d’oeil à ma chère Auvergne puisqu’au presque terme de son voyage jusqu’au Périgord actuel, l’héroïne aperçoit une chaîne de volcans ^^ ; 6-3 represent ! — à dire avec l’accent anglais de Raffarin). Savoir en détail comment les hommes préhistoriques faisaient du feu, comment ils façonnaient leurs outils, leurs armes, quelles étaient leurs techniques de chasse, comment ils arrivaient à TOUT réutiliser sur la dépouille d’un animal ( la viande pour se nourrir et la fourrure pour les vêtements, bien sûr, mais aussi l’estomac pour servir d’outres, les sabots pour faire de la colle, les dents pour orner des colliers, etc.), comment ils vivaient en harmonie avec la nature qui les entourait, utilisant intelligemment les ressources naturelles, contrairement à ce que l’Homme moderne fait aujourd’hui… Bref, encore mieux qu’une visite de musée !

Malheureusement, par moments, la saga s’essouffle, se trouve comme empêtrée dans des scènes ou événements répétitifs…

Bref, du bon et du moins bon dans cette saga, que je vais décortiquer pour vous tome par tome, sans toutefois tomber dans le piège du spoiler, des fois que mon post donne envie à certains d’entre vous de la lire.

Tome 1 :

Cro-Magnon à gauche, Neandertal à droite – source : mforum.cari.com

C’est de loin le meilleur des 9, car c’est celui dans lequel se trouvent confrontées 2 espèces d’hominidés différentes : Neandertal et Cro-Magnon, donc 2 cultures différentes, 2 appréhensions du monde différentes, 2 physiques différents, 2 intelligences différentes…

On assiste donc ici à un véritable choc des cultures (tant au niveau du langage que de la transmission des connaissances, de l’expression des sentiments, de l’apparence, du mode de vie, des croyances, etc.) qui poussera d’ailleurs Ayla à s’interroger sur les siens, « les Autres » comme les surnomment le Clan, et à vouloir les retrouver.

Enfin, ce tome est selon moi un plaidoyer en faveur de l’homme de Neandertal, qui au début des années 80 (ce tome ayant été écrit en 1980) passait aux yeux du public et même de certains scientifiques pour un homme-singe bourru et dépourvu de sentiments, ainsi que de certaines capacités cognitives…

Tome 2 :

Le suspense laissé à la fin du tome 1 ne peut que donner envie de se plonger rapidement dans le tome 2.

Ici, on retrouve notre héroïne livrée à elle-même, obligée de se débrouiller seule pour survivre. Heureusement, débrouillarde comme elle est, elle s’en sort très bien, et fait même des découvertes qui vont révolutionner le mode de vie des humains.

Ce tome est intéressant dans la mesure où il y est établi un parallèle entre Ayla, seule dans sa vallée, continuant de vivre « façon Clan » (à quelques exceptions près), et Jondalar, Cro-Magnon avec qui l’on fait connaissance ici, qui décide d’accompagner son frère lors d’un grand voyage à travers l’Europe. Ce voyage nous permet d’apprendre les modes de vie particuliers de certaines tribus de Cro-Magnons, qui ont su se spécialiser, en fonction du lieu où ils vivent, dans la pêche, ou la chasse aux chamois, etc.

Et plus on avance dans la lecture, plus on se doute que Jondalar va finir par rencontrer Ayla, et on a hâte de savoir ce que cette première rencontre entre la jeune femme et l’un de ses semblables va donner !

Tome 3 :

Source : geo.fr

Ayla et Jondalar font la connaissance des Mamutoï, une tribu spécialisée dans la chasse aux mammouths (la grosse bestiole poilue, pas le magasin hein). Ils finissent par intégrer cette tribu qui les accueille à bras ouverts, et avec lesquels ils partagent de nombreux savoir-faire : chasse, cuisine, fabrication d’objets et d’armes…

Malgré des passages un peu cuculs façon roman à l’eau de rose, ce tome reste globalement intéressant car Ayla, qui a grandi avec des Neandertals, et a ensuite vécu plusieurs années seule dans sa vallée, doit s’adapter à un nouveau mode de vie : la vie en communauté avec des Cro-Magnons.

Tomes 4 et 5 :

Même s’ils se plaisaient chez les Mamutoï, Ayla et Jondalar décident de repartir, ce dernier souhaitant retrouver les siens.

Ces 2 tomes nous racontent donc le long (trèèèèès long) voyage que doivent effectuer nos 2 héros (imaginez-vous devoir aller de la Russie au Périgord à pied ou à cheval…) pour rejoindre les Zelandonii, le peuple de Jondalar.

Ça c’est de la rando ! Source : jean-auel.net

Bien sûr ce voyage ne se fera pas sans difficultés, mais nos protagonistes arriveront toujours à s’en sortir.

Je trouve personnellement qu’à partir de ce tome, la saga perd de son intérêt : en effet, il est normal que l’auteure nous raconte ce voyage en détail, mais un seul tome aurait largement suffi pour cela.

Certains passages sont d’un ennui mortel, d’autres sont sans intérêt (je pense notamment aux récapitulations des tomes précédents, ou aux scènes érotiques dont les descriptions frisent parfois le ridicule, qui n’apportent absolument rien au récit et qui sont souvent un copier-coller les unes des autres…). Certaines rares péripéties sont quant à elles parfois invraisemblables (leur visite inopinée chez les S’Armunai par exemple…), et je ne pense pas qu’elles aient la moindre légitimité historique.

Tomes 6 et 7 :

Enfin, le périple d’Ayla et de Jondalar prend fin… ou presque !

Ceux-ci font tout d’abord escale chez les Lanzadonii, la tribu où règne le père de Jondalar, avant de repartir en direction de notre actuel Périgord afin d’y rejoindre les Zelandonii.

Après m’être ennuyée en lisant les 2 tomes précédents, je m’attendais à un regain d’intérêt dans ces 2 nouveaux opus : Ayla faisant la connaissance des proches de son compagnon, apprenant leurs coutumes et leurs savoir-faire…

Source : brimbelle.forum-actif.net

Alors oui, ces 2 tomes sont plus intéressants que les 2 précédents, d’autant que les Zelandonii vivent dans des abris creusés dans le calcaire, les fameux « villages troglodytes » que l’on peut visiter aujourd’hui.

Mais ils sont eux aussi jalonnés de passages répétitifs et de rappels de ce qui s’est passé dans les tomes précédents… A-t-on vraiment besoin de ces rappels, sachant qu’un lecteur qui lit ces tomes a forcément lu les précédents ?

En outre, la réunion d’été entre Zelandonii et confrères à laquelle se rendent nos héros pourrait être intéressante si elle ne se noyait pas dans des descriptions interminables (notamment de la cérémonie de l’union…) et des présentations innombrables (tellement qu’au bout d’un moment on se perd dans les noms des personnages…).

Tomes 8 et 9 :

Dans ces 2 derniers tomes, Ayla apprend à devenir une Zelandoni, c’est-à-dire une figure emblématique de la tribu (ayant à la fois le rôle de guérisseuse, de conseillère, d’autorité spirituelle…).

Magnifique grotte Chauvet… Source : pinterest.com

Elle se lance alors, dans le tome 8, dans un périple lors duquel elle va visiter une multitude de grottes où se trouvent des peintures rupestres (Lascaux, Chauvet et j’en passe…).

Au début, c’est plutôt intéressant car on a l’impression de visiter la grotte avec elle : là un cheval est peint dans un relief, ici, une horde de mammouths, etc.

Mais ça devient vite lassant, car des grottes, elle en visite beaucoup, et il y en a même certaines dans lesquelles elle revient plusieurs fois… Alors, le mammouth, les chevaux, le mégacéros et leurs copains, ça va bien pendant un chapitre, mais pas pendant tout un tome !

Ensuite, dans le tome 9, on a droit à un léger bond en avant de quelques années, ce qui pourrait relancer un peu le dynamisme du récit mais… non !

Source : scoopwhoop.com

Retour à une réunion d’été (chouette…), rites sacrés par-ci, festins par-là, le tout ponctué par un rebondissement façon Days of our lives (le docteur Drake Ramoray en moins — les vrais comprendront), et une fin qui n’en est pas vraiment une, étant donné qu’elle est sans intérêt et qu’elle donne l’impression que l’auteure voulait se lancer dans la rédaction d’un 10e volume (sans façon, merci !)… Voilà comment je résumerais ce dernier tome !

Il faut dire aussi que l’accent qui est mis sur la sacralité dans ces 2 tomes m’a beaucoup soûlée : bon déjà, moi et la sacralité hein… Et puis je ne pense pas trop m’avancer en disant que dans ces 2 volumes, l’auteure a plus fait jouer son imagination que les études qu’elle a entreprises pour écrire son roman de manière réaliste ! Qu’on ne vienne pas me dire que les paléontologues ont trouvé des preuves que les Cro-Magnons de cette région de l’Europe entreprenaient un périple de doniate avant de devenir Zelandoni et de pratiquer des rites sacrés…

Or, ce qui me plaît par-dessus tout dans cette saga, c’est le côté « cours de préhistoire », la reconstitution du mode de vie des hominidés, basée sur les découvertes qu’ont fait les paléontologues (vestiges, peintures rupestres, etc.), pas le récit imaginatif de supposés rites sacrés ou de supposés mœurs…

L’héroïne de l’histoire :

Je trouve Ayla attachante au début, notamment dans le premier volume : cette pauvre petite qui se retrouve seule et est recueillie par des gens sceptiques à son égard et tellement différents d’elle… Mais son côté « trop parfaite » qui apparaît au fil des tomes est vraiment exagéré et la rend presque agaçante. C’est simple : elle sait TOUT faire (apprendre des langages et des savoir-faire en 2 temps 3 mouvements, apprivoiser des animaux sauvages, inventer des objets ou des techniques révolutionnaires…). Le plus ridicule je trouve, c’est le fait qu’elle imite tellement bien le chant des oiseaux qu’ils viennent se poser sur ses bras… Je ne comprends pas trop pourquoi l’auteure a poussé le bouchon jusque-là concernant ses capacités, ça discrédite le récit…

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En conclusion, je dirais que cette saga mérite d’être lue, mais attention : si comme moi vous êtes passionnés de préhistoire sans en être des spécialistes, attendez-vous à vous ennuyer dans les derniers tomes !

Par contre, le tome 1 est à lire ABSOLUMENT et sans aucune hésitation, il est juste génial ! Je ne l’ai pas lu, je l’ai bu !

Source : buzzfeed.com

 

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8 commentaires sur “J’ai lu… « Les enfants de la Terre » de Jean M. Auel

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    1. Ne dis pas ça Taryn, tu es une femme intelligente !
      Après si on n’est pas passionné de préhistoire, je ne sais pas si on peut apprécier autant que moi cette saga (du moins ses premiers volumes…).
      Je viens de lire la critique d’une nana sur un autre blog, elle a trouvé le volume 1 hyper chiant par moments, et elle précise qu’elle n’est pas férue de préhistoire, donc… Voilà le lien si ça t’intéresse : https://confitureetculture.wordpress.com/2014/04/09/les-enfants-de-la-terre-tome-1-le-clan-de-lours-des-cavernes-jean-auel/ 😉

      J'aime

    1. il n’est jamais trop tard… tu sais la préhistoire on l’a jamais étudiée de manière approfondie à l’école primaire, et au collège et au lycée, on n’en parle pas du tout, on préfère nous casser les bonbons avec les Byzantins ou les guerres à la con… (ce serait pourtant bien plus passionnant la préhistoire, mais bref)
      ça fait quelques années seulement que je me passionne pour ce sujet (et merci internet pour la documentation)…

      Aimé par 1 personne

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