Putain d’hélico, putain de destin…

balavoine
Source : http://www.purepeople.com/

Jeudi prochain, cela fera 30 ans que nous quittait brutalement un homme au talent, à la générosité et à la clairvoyance immenses. Vous l’aurez sans doute deviné : je parle de Daniel Balavoine.

Même si je ne me souviens pas de l’avoir « connu » vivant (j’avais 3 ans 1/2 en 86, et je ne me souviens d’aucun événement triste qui s’est déroulé cette année-là — ni des disparitions tragiques de Balavoine et Coluche, ni du décès de ma grand-mère maternelle), je le respecte énormément, et je sais que s’il n’avait pas eu cet accident d’hélicoptère au Mali, j’aurais eu le temps de devenir l’une de ses admiratrices. Attention, par admiratrice je ne veux pas dire groupie qui va à tous ses concerts et hurle jusqu’à s’évanouir en le voyant. Je laisse ça à celles qu’il avait déjà… Moi ce que je veux dire, c’est que je l’aurais admiré pour sa franchise, son avis sur la France et sur le monde, sa générosité et son altruisme. Et aussi bien sûr pour beaucoup de ses chansons, même si il y en a certaines que je n’aime pas trop. Eh oui, Daniel Balavoine n’était pas qu’un homme qui savait interpréter, grâce à une voix hors du commun, des chansons engagées et dont les textes parlaient à tout le monde, c’était aussi une personne aux idées visionnaires qui n’hésitait pas à ouvrir sa gueule sur un plateau de télé en plein direct, et à s’engager pour des causes humanitaires. Bref, sa mort est et restera injuste…

Un grand chanteur
Daniel Balavoine aura bien galéré avant de connaître le succès et d’enchaîner les tubes. Dans les années 70, un gars qui physiquement ne ressemble pas aux crooners qui font vibrer les minettes de l’époque (Mike Brant et j’en passe), et qui de sa voix haut perchée s’escrime à chanter des chansons rock à textes au lieu de suivre la mouvance disco qui alors fait vendre, forcément, ça ne marche pas…

Mais heureusement pour le patrimoine français, il n’a jamais lâché le morceau, il a persévéré dans son idée, et ça a fini par payer : il se fait un jour « embaucher » par Michel Berger pour jouer dans Starmania (Quand on arrive en ville), ce qui constitue LE tremplin vers le succès qui viendra ensuite également grâce à SOS d’un terrien en détresse écrite par Plamondon, puis, finalement, Balavoine arrive à hisser au rang de tubes ses textes à lui comme Le chanteur… Puis des chansons plus engagées, qui évoquent les problèmes du monde (Pour la femme veuve qui s’éveille, qui dénonce la condition des femmes en Afrique Noire, au Kazakhstan et en Chine, Un enfant assis attend la pluie, qui explique les ravages de la sécheresse en Afrique, ou encore L’Aziza, hymne anti-racisme), d’une société humaine de plus en plus inhumaine (Soulève-moi, ou comment oublier la décadence alentour en couchant avec une « fille de joie », Mon fils ma bataille ou le manque de considération des sentiments des pères divorcés et des enfants qui se retrouvent « embrigadés » de force dans toutes ces procédures), ou qui tout simplement parlent d’amour, mais pas de façon « gnangnan », par contre toujours d’une façon mélancolique (L’amour est triste, Sauver l’amour…) : eh oui, qui sait encore ce que c’est que d’aimer vraiment ?

Un porte-parole des opprimés aux discours visionnaires

Balavoine était également connu pour ses coups de gueule légendaires en plein direct à la télé. Le plus célèbre : celui où il interpelle Mitterrand, alors candidat aux présidentielles, sur la détresse des jeunes face à des gouvernants qui ne les écoutent pas, et ne les comprennent pas. Extrait :

« Ce que je peux vous dire, c’est que la jeunesse se désespère […], elle ne croit plus en la politique française […], or le désespoir est mobilisateur et […] lorsqu’il devient mobilisateur, il est dangereux et […] ça entraîne le terrorisme, la bande à Bader et des choses comme ça. »

Remplacez « la bande à Bader » par « Daech » et vous avez la situation actuelle. Depuis ce coup de gueule de 80, la jeunesse n’a pas été plus écoutée et plus comprise, elle a continué à s’enfoncer dans ce désespoir, qui s’est transformé en colère. Je suis sûre que si Balavoine avait eu plus de temps pour s’exprimer ce jour-là, il aurait dit que ça pouvait conduire à des émeutes dans toute la France (voitures brûlées et j’en passe… ça ne vous rappelle rien ?). Aujourd’hui, les jeunes, dans un ultime geste de ras-le-bol, tombent sur de la propagande islamiste de Daech sur les réseaux sociaux, et partent en Syrie se faire laver le cerveau ; ils reviennent ensuite faire péter le Bataclan…

Il n’y a pas que les gueulantes de Balavoine qui étaient visionnaires : certaines paroles de ses chansons aussi. Exemple assez édifiant : Petit homme mort au combat, dont voici les paroles :

Étendu
Noyé de poussière
Un enfant fixe le néant
Le front humide entouré d’un turban
Qui dit que Dieu est grand

Dans son dos
Mouillé de sueur
On peut voir qu’il n’a pas eu le temps
De comprendre d’où venait la douleur
Qui brise ses tympans

Petit homme mort au combat
Qui a pu guider ses pas
Ivre de prières
Rythmées pas le glas

Petit homme mort au combat
Quel Dieu a pu vouloir ça
Qui peut être fier
De tant de dégâts

Et en moi
L’étau se resserre
Quand je vois défiler ces enfants
Aveuglés par des hommes aux vœux pervers
Aux hymnes délirants

Au delà de toutes frontières
Il faut dire à tout esprit naissant
Qu’aucune cause ne vaudra jamais
La mort d’un innocent

Petit homme mort au combat
Qui a pu guider ses pas
Ivre de prières
Rythmées pas le glas

Devant ces feux
De haine
De terre
De sang
J’espère un peu quand même
Oh,
Que l’homme comprenne que l’enfant ne sais pas à quoi il consent

Petit homme mort au combat
Qui a pu guider ses pas
Ivre de prières
Rythmées pas le glas

Petit homme mort au combat
Quel Dieu a pu vouloir ça
Qui peut être fier
De tant de dégâts

Les phrases en gras montrent que cette chanson dénonce clairement les hommes qui, sous l’égide d’un pseudo-dieu « bienveillant », envoient des enfants et des innocents se faire tuer à leur place. Là il s’agit des enfants soldats, mais quand j’écoute cette chanson je pense aussi aux enfants à qui les islamistes mettent une ceinture d’explosifs et qu’ils envoient se faire sauter au milieu de la foule…

Enfin, dans Frappe avec ta tête, le chanteur dénonce la censure et la torture en Argentine, pays où la liberté d’expression est alors réduite à néant. Liberté d’expression, voyons, à quoi ça peut nous faire penser, nous qui avons récemment tristement commémoré l’attentat du 7 janvier contre un certain Charlie Hebdo, lors duquel on a assassiné des caricaturistes pour les faire taire ?

Sous la torture
Derrière les murs
Les yeux remplis d’effroi
L’homme aux vœux purs
Souffre et endure
Les coups sourds de la loi
Noyés par les bulles rouges
Ses mots muets
S’élèvent et s’écrasent sur la paroi
L’écrivain plie mais ne rompt pas
Ressent une étrange douleur dans les doigts
Délire en balbutiant qui vivra vaincra

(Refrain)
Dans la cellule du poète
Quand le geôlier vient près de lui
Quand plus personne ne s’inquiète
L’homme que l’on croyait endormi
Frappe avec sa tête

A court d’idées
Ils t’ont coupé
Et ta langue et les doigts
Pour t’empêcher
De t’exprimer
Mais ils ne savent pas
Qu’on ne se bat pas
Contre les hommes
Qui peuvent tout surtout pour ce qu’ils croient
Et l’homme infirme retrouve sa voix
Défie le monde en descendant de sa croix
Et sort la liberté de l’anonymat

(Refrain)
Dans la cellule du poète
Quand le geôlier vient près de lui
Quand plus personne ne s’inquiète
L’homme que l’on croyait endormi
Frappe avec sa tête

Frappe avec ta tête…

 

Un homme généreux et altruiste

En 83 et 85, Balavoine, fan de sports mécaniques, avait participé au Paris-Dakar. Cette course lui avait donné l’occasion de voir l’Afrique, la vraie, pas celle des cartes postales… Des enfants souffrant de malnutrition, une terre aride et sèche que la pluie ne vient pratiquement jamais arroser… C’en est trop pour lui, et en 86, à l’édition suivante de la course, il décide de faire installer des pompes à eau hydrauliques afin d’irriguer les villages les plus touchés par la sécheresse. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il prendra l’hélicoptère qui le mènera vers une mort soudaine…
Mais malgré la disparition du chanteur, son association (Association Daniel Balavoine) existe toujours grâce à sa sœur et continue d’agir en faveur du Mali.

En parallèle, en 85, lors de la création des Restos du Cœur, Coluche le désigne comme parrain de l’association. Malheureusement, sa disparition tragique ne lui aura pas laissé le temps de beaucoup agir à ce niveau-là, et il sera remplacé par Jean-Jacques Goldman.

Enfin, Daniel Balavoine était également parrain et membre disons permanent de SOS Racisme. D’ailleurs, le 7 décembre 1985, SOS Racisme lui avait remis le prix de la chanson antiraciste pour L’Aziza

Et un jour tout s’arrête…

Il s’en est fallu de peu pour que le chanteur ait encore de longues années à vivre, car ce 14 janvier 1986, Balavoine s’est vu proposer une place dans l’hélico maudit au dernier moment. De plus, l’appareil aurait dû décoller beaucoup plus tôt, et non pas en fin d’après-midi avec un soleil déclinant et une tempête de sable qui commençait à souffler… Le plus incroyable est qu’en chemin, l’hélico s’est posé pour que Thierry Sabine, faisant lui aussi partie des victimes de l’accident, fasse demander un véhicule pour les ramener et éviter ainsi de poursuivre le vol dans des conditions aussi exécrables. Malheureusement, alors que le véhicule en question était en route, l’hélico a redécollé en pleine tempête et s’est mangé une dune, ce qui l’a déstabilisé et a provoqué son crash. L’appareil n’a pas explosé, mais il s’est disloqué sur 150 mètres. Pourquoi l’hélico a-t-il redécollé ? On ne le saura jamais exactement, mais apparemment, des bandes de gazes ont été retrouvées à l’époque sur le lieu où il s’était posé. On pense donc que quelqu’un à bord était blessé (morsure de serpent ou autre) et que l’urgence du moment a décidé le pilote à ramener le blessé en hélico pour qu’il soit soigné au plus vite, ne pouvant pas attendre que le véhicule arrive.

On dirait que le destin, ce jour-là, s’est vraiment acharné à ce que ces personnes meurent. S’il n’y avait pas eu ce changement de dernière minute, si l’hélico avait décollé à l’heure prévue, si personne n’était blessé à bord et que l’appareil était resté au sol, attendant sagement le véhicule de rapatriement ?… Au jour d’aujourd’hui, Daniel Balavoine serait encore vivant, et il aurait pu accomplir de grandes choses pour les opprimés, quels que soient leurs pays, leurs problèmes, leurs conditions de vie… Tout comme Coluche qui l’a rejoint 6 pieds sous terre le 19 juin de cette même maudite année 1986.

Certaines personnes sont persuadées que cette mort n’était pas accidentelle, mais que l’hélico avait été saboté… Je ne vais pas m’étendre sur ce sujet, tout simplement parce que je n’ai aucune opinion à ce niveau-là. C’est un peu comme pour la mort de Coluche. C’est vrai que 2 personnes publiques, grandes gueules, qui meurent beaucoup trop jeunes, « accidentellement », la même année, ça fait un peu beaucoup pour une simple coïncidence, mais bon un hélico qui vole pendant une tempête de sable et se crashe, et une moto qui roule trop vite et se prend un camion au détour d’un virage, c’est plausible donc, tant qu’on a pas plus d’éléments, restons-en là, à moins que vous, chers lecteurs, ayez des hypothèses à évoquer ou vouliez en parler, dans ce cas-là n’hésitez pas à le faire dans vos commentaires, on en discutera.

 

Bref, je crois que voilà l’article le plus long que j’aie jamais écrit sur mon blog. En même temps je ne pouvais pas me contenter de quelques lignes pour rendre hommage à ce mec bien qu’était Daniel Balavoine. Aujourd’hui je suis contente de constater que les jeunes générations connaissent ses chansons et ses actions.

Il y a juste quelque chose qui me gonfle, et que j’ai entendu dans une émission hommage diffusée récemment (sur W9 je crois) : quand Jenifer affirme que les paroles des titres de Balavoine l’inspirent pour ses propres chansons à elle… Comparons un titre de Jenifer parlant d’amour avec une chanson de Balavoine sur le même thème :

Chanson de Jenifer : J’attends l’amour

Dans ma tête, j’ai des chevaux
lancés au triple galop
je sens battre mon cœur
dans cette course folle

Dans mon âme, tout est clair
j’ai la place pour la lumière
et la sincérité
ne me fait pas peur

J’attends l’amour
de mes rêves
j’attends l’amour
la douceur et la fièvre
il peut venir
je suis prête à aimer vraiment
j’attends l’amour
simplement

Etc.

Chanson de Balavoine : Aimer est plus fort que d’être aimé

Toi qui sais ce qu’est le blasphème
On ne récolte pas toujours ce qu’on sème
Tu connais l’ambition suprême
De ceux qui te vouent de la haine

Oh l’amour te porte dans tes efforts
L’amour de tout délie les secrets
Oh et face à tous ceux qui te dévorent
Aimer est plus fort que d’être aimé

Etc.

Pas besoin d’en mettre plus pour se rendre compte que les niaiseries cucul la praline que chante Jenifer sont à 1 000 lieues des textes recherchés de Balavoine !

Bref ! Sur ce, je voulais juste dire que Daniel manque cruellement au monde, et que j’aimerais croire en la réincarnation et me dire qu’il revient à chaque fois sous une autre identité pour continuer de tenter de sauver le monde, mais malheureusement, la vie est trop vache pour que ce soit possible…

Il avait 33 ans quand il est mort ; c’est l’âge que j’ai actuellement, donc je suis bien placée pour dire que c’est beaucoup, beaucoup trop jeune pour mourir, surtout mourir en allant sauver des gens en souffrance… J’aurais tant aimé qu’il ne monte pas dans ce putain d’hélico, tout comme j’aurais aimé que Coluche ne se prenne pas ce putain de camion en faisant de la moto…

Pour conclure, voici quelques citations extraites de ses chansons, ou de ses apparitions TV, des phrases tellement vraies, toujours actuelles, et qui me tiennent à cœur :

« Au delà de toutes frontières, il faut dire à tout esprit naissant qu’aucune cause ne vaudra jamais la mort d’un innocent… »

« Les lois ne font plus les hommes mais quelques hommes font la loi… »

« Mais vivre en silence en pensant aux souffrances de la Terre, et se dire qu’on n’est pas les plus malheureux… »

« J’ai voulu t’emmener pour une lune de miel au San Salvador et te faire l’amour en parlant liberté au milieu des morts en comptant les corps… »

« […] je voudrais savoir qui ose, tous les mois, demander 700 francs à des travailleurs immigrés pour vivre dans des poubelles et dans des taudis… »

« […] il faut que les grandes personnes qui dirigent le monde soient prévenues que les jeunes vont finir par virer du mauvais côté, parce qu’ils n’auront plus d’autres solutions… »

Si vous voulez commenter, n’hésitez pas : que pensez-vous de Daniel Balavoine, de ses actions, de ses chansons ? Avez-vous d’autres citations à ajouter ?

****

Voici les commentaires qui ont été postés suite à la publication de cet article (vous pouvez bien sûr en ajouter d’autres) :

Lampy

Putain d’hélico… Et Putain d’camion comme chante Renaud pour son ami Coluche…

Je l’admire même si il est mort avant que je naisse. C’était quelqu’un :(

monboncoin

Oui et des gens comme lui il en faudrait plus, des gens qui osent l’ouvrir pour clamer ce qui va pas, qui osent s’investir à 200% dans des causes humanitaires, et pas juste pour jouer les généreux devant la caméra !

Mais malheureusement aujourd’hui des Balavoine et des Coluche, on n’en a plus en France ! Même Renaud, qui pourtant dans sa jeunesse se battait pour des causes qui lui tenaient à cœur, on ne l’entend pratiquement plus, ou sinon via les médias à cause de ses problèmes d’alcool…

Lampy

Renaud a perdu tous ses amis ou presque et a sombré dans une dépression sans nom. Le voir revenir est déjà sacrément impressionnant.
Grand Corps Malade critique doucement mais ce n’est pas Balavoine.

monboncoin

oui ou sinon ya certains rappeurs qui via leurs chansons « bousculent » la société, mais bon une fois que tu as fait le tri entre ceux qui passent leur temps à geindre sans rien faire de concret et ceux dont les chansons ne sont que des ramassis de gros mots ou de vulgarité sans aucun véritable sens, il n’en reste plus beaucoup au final…

En tout cas des gens capables de pousser une gueulante sur un plateau télé (et par gueulante je veux pas dire casser du sucre sur le dos des autres comme Enora Malagré pour ne citer qu’elle, mais évoquer de véritables problèmes et oser taper du poing sur la table sans hypocrisie) on n’en voit plus…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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